Accueil > Ecologie > La destruction silencieuse

Ecologie

La destruction silencieuse

Hervé Kempf

lundi 25 janvier 2010


Oh, splendide élan ! Magnifique concert ! Les premiers trilles s’élèvent, préparant le choeur des pleureuses, bientôt la voix héroïque du ténor enchaînera l’air de la mobilisation : « Biodiversité, bio bio bio-diversité, biodiversité, c’est la, c’est la, c’est l’aaaannée, ô l’année, l’année, de la bio, de la bio, de la bio-di-ver-si-té ! » Le final se prépare : « Sauvons, oui, sauvons, sauvons la biooooo, la biooooo, sauvons, oui, sauvons, c’est l’année, sauvons, la bio-di-ver-si-teeeee ! » Boum !

On va pleurer sur le sort du lamantin du Brésil, des forêts de Papouasie, du requin-marteau des Galapagos, se précipiter voir Océans et Avatar. Mais pendant qu’on regarde ailleurs, le massacre continue ici.

La biodiversité, en France et en 2010, qu’est-ce ? Des champs, de l’herbe, des terres où l’eau pénètre, où les semences prennent racine, où les vers de terre pullulent... Eh bien, ces champs, ces herbes, ces terres, on les recouvre par milliers d’hectares de béton et de ciment avec une inconscience qui vire au criminel. C’est ce que nous rappelle un dossier de Campagnes solidaires, le mensuel de la Confédération paysanne. La France gaspille les terres en les artificialisant à un rythme effréné.

Artificialisation des sols ? Un mot compliqué, une réalité tristement banale : parkings, zones industrielles, voies de TGV, autoroutes, aéroports, bases logistiques, centrales solaires, maisons individuelles, centres de loisirs... Philippe Pointereau, dans une étude (dont une version détaillée se lit dans le Courrier de l’environnement de l’INRA, n° 57, 2009), montre que la transformation des terres agricoles en urbanisation sous toutes ses formes se poursuit au rythme de 66 000 ha par an soit, en dix ans, plus que la surface moyenne d’un département.

La démographie n’explique pas le phénomène : la « consommation » d’espace naturel croît bien plus rapidement que la population. Grande responsable : la maison individuelle, qui pousse à l’étalement urbain et à de nouvelles infrastuctures de transport et autres surfaces bétonnées. Egalement en cause, une indifférence générale à l’espace, aux paysages, à la nature. Sans oublier qu’il est presque toujours plus facile pour un élu - en raison, certes, de l’indifférence de ses mandants - de « développer » son territoire en l’urbanisant que de chercher à concentrer l’habitat et à maintenir des exploitations agricoles vivantes. Quant à la biodiversité, cette nature banale qui est indispensable à l’équilibre de l’écosystème, cette respiration simple de la terre, on s’en fiche, en gémissant sur le sort des tropiques, ce qui a le grand avantage de ne pas gêner, ici, la spéculation foncière.

Quand comprendrons-nous que l’espace est une ressource rare ? Pointereau rappelle que, si l’on tient compte des importations agricoles, la France n’est plus vraiment autosuffisante. Bah, qu’importe ? Du commerce international et du béton, c’est bon pour la croissance, non ?

.......................................................

Référence :

- Dossier de Campagnes solidaires : http://www.confederationpaysanne.fr...

- Etude en anglais de Philippe Pointereau : http://agrienv.jrc.ec.europa.eu/pub...



Source : Article publié dans Le Monde du 24-25 janvier 2010.

Read it in English : The silent destruction http://www.truthout.org/the-silent-...

Lire aussi : La nature peau de chagrin http://www.reporterre.net/spip.php?...


Merci de soutenir Reporterre :

Info

  • Le Sénat ratiboise la loi sur la transition énergétique

    Marie Astier (Reporterre)

    Le Sénat vote aujourd’hui sur la loi de transition énergétique. « Une loi vidée de son ambition », craint un collectif rassemblant entreprises, ONGs, collectivités locales et un syndicat. La « loi pour la transition énergétique et la croissance verte » risque d’entériner le monopole du nucléaire et le refus des économies d’énergie.

  • Une nuit sur la Zad du Testet

    Gaspard Glanz (Reporterre)

    Alors qu’opposants et pro-barrages attendent la décision du Conseil général du Tarn quant à l’avenir du barrage de Sivens, la tension monte sur la zone humide du Testet. Les pro-barrages bloquent la Zad. Il y a quelques jours, Reporterre a passé une nuit avec les zadistes qui veillent face aux provocations.

  • La grande enquête sur le maître caché de l’agriculture française

    Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre)

    Son nom est méconnu, mais ce groupe pèse aussi lourd qu’Areva. Agrocarburants, lait, oeufs, huile, finances, semences : il est partout, et influe d’autant plus sur l’agriculture française que son patron préside le puissant syndicat agricole devant lequel plient les gouvernements. Le résultat : profits d’un côté, disparition des petits paysans, artificialisation des terres et pollution de l’autre. Voici Avril-Sofiproteol. Une grande enquête de Reporterre.

Tribune

  • Cinq mythes sur les armes nucléaires

    Ward Wilson

    « Ce sont les bombes sur Hiroshima et Nagasaki qui ont forcé le Japon à capituler », « Les armes nucléaires nous protègent »... Ces croyances sont dénuées de fondement : extrêmement dangereuse, l’arme nucléaire est aussi obsolète et inefficace.

  • Les opposants au gaz de schiste en Algérie ne doivent pas être réprimés

    Collectifs non aux pétrole et gaz de schiste et de houille

    Dans le sud de l’Algérie, à In Salah, un mouvement citoyen se développe depuis un mois contre l’exploration du gaz de schiste. Celle-ci est lancée par des compagnies étrangères avec le soutien du gouvernement algérien. Une répression violente est engagée.