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Alternatives

Le mouvement Freegan a ouvert son premier restaurant à Paris

Côme Bastin (We Demain)

samedi 7 juin 2014

Récupérer les invendus de Rungis, le « plus grand marché du monde » et en tirer des repas cuisinés le jour même ? C’est ce que propose depuis quelques semaines le Freegan Pony, un « resto-squatt ».



Il faut pénétrer dans une cour sombre du Marais et prendre l’ascenseur pour découvrir le premier restaurant freegan végétarien de France. Une adresse végétarienne de plus dans le très bourgeois-bohème troisième arrondissement de Paris ? Détrompez-vous. Le credo du Freegan Pony, qui a ouvert ses portes le 21 mars, est de servir des plats préparés à partir de fruits et légumes qui devaient légalement finir à la poubelle, mais sont encore comestibles.

Anti-gâchis

Né aux États-Unis pour protester contre le consumérisme à outrance et le gaspillage alimentaire, le mouvement freegan commence à essaimer en Europe. « Les freegan sont ceux qui mangent ou consomment uniquement ce qui est gratuit. Ça n’induit pas d’être végétarien, mais je pense que ça n’aurait pas attiré les gens de manger du steak en fin de vie », explique Aladdin, fondateur du restaurant, le soir de son inauguration. Avec les membres de son collectif Probono Publico – « service public » en latin –, il s’est rendu le matin à Rungis pour récupérer les surplus de plusieurs stands en fin de marché. « Cela fait des semaines qu’on bataille auprès de différents commerçants pour qu’ils acceptent de nous donner leurs restes », raconte-t-il.

Une fois les fruits et légumes débarqués à Paris, il a fallu faire vite. « Les légumes sont arrivés à 11 heures et le cuistot a dû imaginer tout de suite des recettes pour les utiliser. C’est comme la boîte de chocolats : on ne sait jamais à l’avance sur quoi on va tomber ». Rien à craindre côté fraîcheur, assure Aladdin. « Impropre à la vente ne veut pas dire impropre à la consommation. Savez-vous que 60 % des plats servis en restauration sont préparés à l’avance ? Les plats du Freegan Pony, eux, sont faits le jour même ! ».

Plein à craquer

Vingt heures. Au troisième étage de l’immeuble qui abrite le restaurant, la cage d’escalier, encore jonchée de cageots de choux-fleurs, est envahie par la jeunesse alternative de la capitale. Car dans la vie culturelle parisienne, Aladdin a un passif un peu plus punk que la restauration végétarienne. Il squattait et animait le défunt Poney Club. Une boîte de nuit fantôme, installée dans un ancien abattoir de chevaux du 15e arrondissement, dont les murs vibraient chaque week-end, jusqu’à ce que les forces de l’ordre débarquent pour tapage nocturne, voire diurne.

Il y a donc foule pour goûter au gratin de brocolis, cake au poireau et crumble pomme-poire proposés ce soir-là. À tel point que l’adresse de l’événement Facebook est supprimée sur les coups de 21 heures, « par sécurité en raison du surnombre ». Dans l’appartement plein à craquer, ça fume, boit et parle fort, à même le sol ou sur des canapés, de récup’ eux aussi. Des musiciens se préparent à jouer sur une scène faite de palettes. On s’éclaire à la bougie. « Squat un jour, squat toujours. »

Prix « free »

« C’est effectivement une occupation sans titre », confesse le gérant des lieux, en accord avec la philosophie freegan. Mais dans un immeuble habité du centre de Paris, finies les soirées techno. « On vendra du vin et des bières, et on servira des repas vendredi, samedi et dimanche ». Prix du dîner : 5 euros, plus une participation libre. « Le but n’est pas de gagner de l’argent, mais de montrer qu’on peut faire de bons plats avec des aliments habituellement gâchés ». En sortant du restaurant, chacun peut d’ailleurs se servir gratuitement en fruits et légumes. Le Freegan Pony sera aussi une galerie d’art et proposera des concerts. Gratuits, cela va sans dire.



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