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Ecologie

Les zones humides ont été réduites de moitié en un siècle

Stéphanie Senet (Journal de l’environnement)

vendredi 19 octobre 2012

Les zones humides se réduisent à un rythme alarmant, s’alarment les Nations unies. Qui recommande « de prendre en compte la valeur des zones humides dans les décisions politiques »



Un nouveaurapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) tire le signal d’alarme, le 16 octobre, sur la disparition des zones humides à travers le monde.

Le golfe Reine-Maud au Canada, le delta du Danube en Roumanie et en Ukraine, les Everglades aux Etats-Unis, la Camargue en France, le parc national de Kakadu en Australie… Tous ces sites ont en commun d’appartenir au réseau Ramsar, du nom de la convention sur les zones humides adoptée le 2 février 1971.

Au total, plus de 2.000 sites sont protégés à travers le monde. Ce sont de véritables sanctuaires pour les écosystèmes, les espèces et la diversité génétique. Recouvrant 1,9 million de kilomètres carrés, ils représentent environ 15% des zones humides mondiales.
Mais cela ne suffit pas à stopper la régression des zones humides, qui atteint un rythme alarmant, selon ce rapport du Pnue présenté à l’occasion de la 11e Conférence des parties de la Convention pour la diversité biologique à Hyderabad (Inde).

Les zones humides ont en effet perdu la moitié de leur superficie entre 1900 et 2003, en raison de 6 facteurs principaux.
L’urbanisation galopante a provoqué des drainages liés à l’agriculture et au développement d’infrastructures qui ont accentué la perte des habitats.
La surpêche a menacé de nombreuses espèces.
L’irrigation intensive de l’agriculture a asséché les sols.
L’utilisation croissante des pesticides a conduit à l’eutrophisation des milieux, au développement d’algues, et a créé des « zones mortes ».
Le changement climatique a également joué un rôle néfaste en perturbant les écosystèmes.
Enfin, l’industrie, en particulier extractive, a pollué les zones humides et augmenté leur envasement.
Autant de constats, certes connus, mais toujours alarmants. La disparition de la biodiversité et la réduction de l’approvisionnement en eau concernent 80% de la population mondiale, selon les auteurs du rapport.

Mais l’étude ne s’arrête pas à ce bilan. Réalisée par le projet de recherche TEEB (The economics of ecosystems and biodiversity), elle insiste sur les services rendus par les zones humides, afin de provoquer un sursaut chez les décideurs, actuellement réunis à Hyderabad, qui devront trancher sur les financements à accorder à la protection de la biodiversité.

Ainsi des ressources en eau, dont les zones humides assurent la disponibilité, la purification, la dénitrification, la désintoxication, le transfert des sédiments, et la rétention des éléments nutritifs. Par exemple, le bassin versant américain de Catskill et Delaware fournit environ 90% des besoins en eau des New-Yorkais. En 1997, une étude a montré qu’une nouvelle station d’épuration coûterait entre 6 et 8 milliards de dollars (entre 4,6 et 6 milliards d’euros) alors qu’il suffisait d’investir 1,5 Md$ (1,1 Md€) pour améliorer la qualité de l’eau du bassin versant. La municipalité de New York a finalement opté pour la solution de restauration de l’environnement.

Les zones humides améliorent aussi la sécurité alimentaire en assurant la durabilité de la pêche, ont un rôle dynamique sur l’emploi local, notamment par le développement du tourisme axé sur la conservation, et accueillent une biodiversité exceptionnelle : récifs coralliens, tourbières, lacs d’eau douce, oiseaux aquatiques, amphibiens et mammifères marins.

Enfin, elles limitent les impacts du changement climatique. Ainsi, les tourbières qui regroupent 400 millions d’hectares (3% de la surface émergée de la planète), dont 50 M sont dégradés, produisent l’équivalent de 6% des émissions mondiales de CO2. En revanche, les zones humides végétatives (2% de la superficie des fonds marins) assurent 50% des transferts de carbone des océans aux sédiments.

« Les politiques et les décisions publiques ne prennent en général pas en compte les nombreuses fonctions remplies par les zones humides », insiste Achim Steiner, le directeur exécutif du Pnue. « Il est urgent de replacer les zones humides et leurs écosystèmes associés au cœur du système de gestion de l’eau si l’on veut assurer les besoins sociaux, économiques et environnementaux de la population mondiale qui représentera 9 milliards de personnes en 2050 », poursuit-il.

Le rapport recommande notamment de prendre en compte la valeur des zones humides dans les décisions politiques : réglementation et aménagement du territoire, incitations et investissements. Il suggère aussi d’évaluer l’utilisation de la biodiversité et des services rendus, grâce à la mise en place d’indicateurs, et d’intégrer les relations entre les écosystèmes et les communautés dans la gestion des bassins hydrographiques et des zones côtières. Les entreprises sont invitées pour leur part à évaluer la dépendance à l’eau de leurs activités et leurs impacts sur la disponibilité des ressources.




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