Alain Juppé et la tentation de la décroissance
L’ancien premier ministre et député-maire (UMP) de Bordeaux veut « inventer une autre croissance, une croissance écologique » et cherche « la décroissance des gaspillages »..
Reporterre - 17 janvier 2006
Pour la première fois, un personnage politique de premier rang a parlé ouvertement et précisément de la décroissance. Cet événement est intervenu de manière inattendue, au détour des questions posées par les journalistes lors de la conférence de presse tenue à Paris le 16 janvier pour présenter la Conférence pour la gouvernance écologique mondiale qui aura lieu début février. Alain Juppé, député-maire de Bordeaux, s’exprimait en tant que président du comité d’organisation de cette conférence lancée par le président de la République, Jacques Chirac.
Le micro de Reporterre a enregistré Alain Juppé :
« Je ne crois pas à l’idée de la décroissance. Je crois que c’est une autre croissance qu’il faut inventer, qui s’accompagne d’une décroissance des gaspillages, et nous avons besoin dans un monde frappé par la pauvreté et les inégalités d’une croissance moins consommatrice des énergies et des ressources non renouvelables, une croissance respectueuse des équilibres naturels, une croissance qui s’accompagne d’autres modalités de consommation et de production.
C’est un monde nouveau à inventer, une véritable révolution, je crois que ça peut être une espèce de nouveau projet collectif, de nouveau rêve peut-être, d’une nouvelle utopie au sens le plus mobilisateur du terme. (…) Une certaine approche de ce problème m’apparaît très intégriste, très conservatrice, pour ne pas dire très retour en arrière. ‘Ne nous déplaçons plus’, j’entend dire ça, par exemple parce que tout ce qui est déplacement est générateur de pollution et ainsi de suite. ‘Consommons moins, produisons moins’. Je crois qu’il faut bien réfléchir à cette façon de poser les problèmes.
Je crois qu’on peut consommer plus d’autres choses. C’est vrai que l’instrument de mesure de la croissance que constitue aujourd’hui le PIB est sans doute imparfait. La croissance, ce peut être la croissance de services collectifs, de services à la personne, ça peut être la croissance de toutes sortes d’activités qui ne génèrent pas forcément le gaspillage des ressources naturelles. C’est ce thème qu’on a essayé d’introduire avec ce thème de la croissance écologique, une croissance qui soit plus respectueuse des équilibres naturels, des énergies renouvelables, bref, de tout ce qu’on peut changer en matière de processus de production et de consommation. »
Source : Reporterre.