Comment atteindre 20 % d’énergies renouvelables en 2020

En mars dernier, le Conseil des chefs d’Etats de l’Union européenne a adopté l’objectif de 20 % d’énergies renouvelables en 2020. Pari difficile : sans doute. Mais tout à fait possible à tenir, explique, chiffres à l’appui, Benjamin Dessus.

Benjamin dessus

20% de renouvelables en France en 2020, c'est sérieux ? Voilà la question que me posait un journaliste après le sommet européen du 8 mars dernier avec l'annonce de l'objectif de 20% de la consommation d'énergie e en Europe en 2020 à partir d'énergies renouvelables. Pour lui répondre je commence à récapituler les possibilités filière par filière :

Aujourd'hui la participation des énergies renouvelables au bilan de consommation finale français est de l'ordre de 16 Mtep (millions de tonnes d’équivalent pétrole) : 5,5 d'électricité (principalement l'hydraulique), 10 de renouvelables thermiques (dont 9 de bois) et 0,5 de biocarburants.

Il me paraît possible, lui dis-je, d'augmenter d'une bonne quinzaine de Mtep cette contribution au bilan énergétique final français d'ici 15 ans :
- 6 à 7 Mtep dans les usages thermiques  avec le bois et les déchets de l'agriculture (+3 à 4 Mtep), avec l'incinération, la méthanisation des ordures ménagères ou la captation du biogaz des décharges (2,5 à 3 Mtep), l'implantation systématique de chauffe eau solaires dans l'habitat neuf et la géothermie (1 Mtep).
- 5 Mtep dans l'électricité, avec un programme ambitieux d'éolien (analogue à celui engagé par l'Allemagne), de réhabilitation de la grande hydraulique et d'équipement  de petite hydraulique.

Restent les agrocarburants qui pourraient se substituer à 3 ou 4 Mtep de carburants pétroliers au prix d'une mobilisation massive de terres céréalières ou betteravières (2 à 3 millions d'hectares). Donc au total de 14 à 17 Mtep supplémentaires si l'on démarre tout de suite des programmes ambitieux pour chacune de ces filières. C'est considérable puisque cela revient à doubler la participation des renouvelables au bilan énergétique final.

D'accord, me répond mon interlocuteur, mais vous venez de me faire la démonstration que j'attendais, celle de l'irréalisme de la proposition européenne, en tout cas pour la France. Vous parlez d'un maximum de 32 à 35 Mtep de renouvelables en 2020 , alors qu'il en faudrait au moins 52 pour respecter l'objectif de l'Union Européenne, puisque la consommation française d'énergie est déjà de 275 Mtep aujourd'hui.  Vous qui soutenez depuis toujours les énergies renouvelables, vous reconnaissez donc que ce n'est pas possible!

Et moi de lui rétorquer :  vous allez un peu vite en besogne, et cela pour deux raisons.

D'abord quand on parle de 20% en 2020 de quoi parle -t'on ?

Il ne faudrait pas oublier, comme tout le monde a l'air de le faire aujourd'hui, que l'Europe s'est aussi fixée un objectif d'économie d'énergie en 2020 : économiser 20% par rapport aux projections tendancielles de la commission (une augmentation de 13% de la consommation d'énergie européenne par rapport à 2005 et donc une diminution de 7% par rapport à 2005).

Et puis surtout le bilan que je viens de vous décrire est un bilan en énergie finale, l'énergie qui arrive effectivement sous forme de combustibles, de carburant ou d'électricité chez nos concitoyens ou sur le carreau de nos usines. Cette consommation d'énergie finale était en France de 160 Mtep en 2005, et non pas de 275 Mtep. L'écart entre les deux, 115 Mtep, ce sont d'une part les usages non énergétiques des fossiles pour la chimie (16 Mtep) mais surtout les pertes du système énergétique, dont la plus grande partie provient du mauvais rendement des centrales thermiques, en particulier nucléaires, à elles seules responsables de 70 Mtep de ces pertes.

Si la France respecte l'objectif réduire de 20% sa consommation d'énergie, elle consommera environ 150 Mtep d'énergie finale à cette époque. Vous voyez qu'avec  32 à 35 Mtep de consommation en provenance des énergies renouvelables,  les 20% sont largement acquis.

Mais alors me dit mon interlocuteur, cela devrait être aussi vrai en énergie primaire!

Eh bien, justement non ! En effet, les règles de la comptabilité énergétique internationale qui établit les équivalences entre les énergies électriques réellement produites (des kWh) et la valeur en « tonnes équivalent pétrole » des énergies primaires nécessaires à leur production, faussent complètement la perspective.

C'est ainsi qu'un MWh d'électricité hydraulique, solaire ou éolienne est valorisé en énergie primaire à 0,086 tep alors que le même  MWh d'électricité d'origine nucléaire l'est à 0,26 tep, trois fois plus. Avec 450 TWh d'électricité nucléaire valorisés à 117 Mtep, le bilan primaire se gonfle de 77 Mtep, puisque si ces 450 TWh étaient d'origine renouvelable, ils n'auraient compté que pour 40 Mtep.

Autrement dit, alors que bilan final et bilan primaire restent très voisins pour les renouvelables (une différence de l'ordre de 15% qu'expliquent les pertes de transport et de distribution de ces  énergies), ils sont différents d'un facteur 3,3 dans le cas du nucléaire. Voilà qui explique le paradoxe apparent que vous venez de soulever.
Avec une trentaine de Mtep d'énergies renouvelables, la France sera capable en 2020 de satisfaire à 20% des besoins énergétiques des français, ce qui finalement est la seule chose réellement intéressante, mais à 11% seulement de ses besoins d'énergie primaire.

Et si, comme le propose le lobby nucléaire, on lance un ou plusieurs EPR le pourcentage en énergie primaire de renouvelables se dégradera encore.
Attention donc aux bons esprits qui clament que l'objectif européen est irréaliste pour la France. Ce sont les mêmes qui, en utilisant l'artifice du bilan primaire outrageusement favorable au nucléaire, vont venir nous expliquer que puisque c'est totalement irréaliste (vous pensez, on aura déjà bien du mal à atteindre 10%!), il faut faire encore plus d'électricité nucléaire pour éviter les émissions de CO2.

 

Benjamin Dessus

Président de Global Chance

Avril 2007

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