Kokopelli continue la bataille pour la diversité potagère

Après sa lourde condamnation par la cour d’appel de Nîmes, l’association Kokopelli se pourvoit en cassation et veut aller devant la Cour européenne de justice. L’enjeu : la préservation des variétés anciennes de fruits et légumes hors de l’oligopole des firmes semencières

Kokopelli - 1 janvier 2007

L’association Kokopelli défend, promeut, conserve les semences de  variétés anciennes depuis de nombreuses années. Forte de 5500 membres,  l’association alésienne cultive, par le biais d’une douzaine de  producteurs et de ses membres, plus de 2.000 variétés de fleurs,  céréales et légumes anciens ; ce qui fait d’elle le plus important  réservoir génétique français qui soit accessible à tous. Sur ses fonds  propres, Kokopelli collecte, conserve, multiplie, les semences,  héritées de 10.000 ans de sélection familiale constituant le plus  ancien  et peut-être un des plus précieux des patrimoines communs à  l’ensemble de l’humanité.
Au mois de mars 2006, Dominique Guillet, président de l’association  Kokopelli, a été relaxé par le tribunal d’Alès, du chef d’accusation :  « vente de semences non inscrites ».
La Cour d’Appel de Nîmes, saisie en appel par le Parquet, le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants) et  la FNPSP (Fédération Nationale des Industriels de la Semence) vient d’en décider tout autrement (jugement du 22/12/2006) : - 17.130 euros d’amendes ; - 2 euros de dommages et intérêts ;  - 2 x 300 euros de dédommagement ; - près de 2000 euros de frais de publication du verdict et affirmation  de la culpabilité de M. Guillet pour vente de semences non inscrites.
Il est important de noter que Monsieur l’Avocat Général avait, à  l’audience, demandé la relaxe de Dominique Guillet et considéré que  l’appel n’était pas recevable, puisque pas effectué devant la bonne  cour…
Au mépris des actuelles directives européennes, Madame la Présidente  s’est appuyée sur un texte pétainiste qui régit la commercialisation  des semences. Un texte vichyste permet encore aujourd’hui de condamner  un citoyen oeuvrant pour l’alimentation des générations futures !!! A  l’heure où nos « responsables » politiciens s’enflamment pour la  biodiversité en danger, pour l’écologie, érigeant en écosalvateurs Al  Gore et Hulot, le plus sacré de nos biens est pillé, spolié,  séquestré. La maison brûle, le grenier est plein des semences des  années futures et le gouvernement, non seulement, ne regarde pas  ailleurs, mais alimente le brasier, pour le plus grand profit des  multinationales de la semence et l’intérêt financier d’une infime  minorité.
Notre patrimoine semencier sert en effet, à notre insu, de base  génétique à la création brevetée des hybrides (supercherie sémantique)  et des OGM (chimères génétiques). Nous sommes dépossédés de nos  racines, de notre culture, par le lobby des groupes semenciers.
Nul doute qu’une telle dérive va être à l’ordre du jour de la création  de l’ONU-Environnement, organisé par notre Président de la République,  les 2 et 3 février prochains. Comment peut-on se soucier  d’environnement, sans prendre en considération le devenir alimentaire  de la planète ? « L’appel de Paris » sera en faveur des semences  anciennes, puisque reproductibles dans le champ du paysan, dans le  jardin du maraîcher, garantes d’une adaptation aux perturbations  climatiques et à l’arrivée du Peak Oil. Contrairement aux technologies  semencières « modernes », totalement créancées pour être dépendantes  du pétrole.
L’Etat français soutient des structures privées d’annexion du  patrimoine et la justice française cautionne l’état dans ses dérives.  En effet, la directive européenne 98/95 permet la création d’une liste  de conservation des semences en risque d’érosion génétique. La France  a transcrit cette directive, mais ne l’applique pas. En condamnant  Kokopelli, l’état français exprime le dédain et le mépris avec lequel  il traite la diversité génétique transmissible. La France,  régulièrement sanctionnée par l’Europe pour non-respect des décisions  communautaires (dernièrement encore, non transcription de la 2001-18  relative aux OGM), préfère gaspiller l’argent des contribuables en  payant des pénalités, au lieu d’anticiper en favorisant la  répertorisation de notre patrimoine génétique cultivé. Kokopelli  assure une mission de salubrité publique. L’association devrait  bénéficier, comme le prévoit le Traité de Rome et la FAO, de subsides  publics.
Cette évidence n’est pas la priorité de nos dirigeants : au lieu de  prévoir (pour une fois) et d’investir de façon cohérente dans une  véritable dotation au futur, la justice française préfère réprimer de  façon inique et inconsidérée. Les fruits des semences anciennes sont  plébiscités par nos concitoyens et les professionnels : plus de goût,  formes attrayantes, résistance aux maladies acquises par coévolution  avec les facteurs pédoclimatiques, etc... Toutes ces raisons devraient  inciter le gouvernement à reconnaître le travail de l’association  Kokopelli, dont les graines répondent aux besoins multiples des  jardiniers, paysans et consommateurs.
Nous n’avons nul besoin des technologies transgéniques : avec les  semences de pays (anciennes), nous disposons de tout le matériel  génétique nécessaire pour subvenir à nos besoins, au grand drame des  marchands de nécrotechnologies.
Il est temps de cesser de déléguer notre avenir à des scientistes ou à  des groupuscules corporatistes. L’eau et les semences libres sont  indispensables à notre survie. Les semences ne se suffisent d’aucun  qualificatif, elles doivent ETRE, tout simplement.
L’association Kokopelli se fait un devoir de se pourvoir en Cassation  et d'assigner l’état Français devant la Cour Européenne de Justice, de  façon à obtenir l’application du droit pour les générations futures.
Il est indispensable, en respect de la directive CEE 98/95, de  constituer un répertoire de la diversité biologique cultivée existante  pour lequel l'inscription doit être libre, gratuite et facultative.
En cette période de vœux et de bonnes résolutions, en cette période de  promesses électorales (dont par expérience, on connaît l’assiduité de  ceux qui les font, à les tenir…), il ne faut formuler ni vœux, ni  promesses. Il est un devoir incontournable : libérer les semences de  vie et l’accès à celles-ci pour tous.
Au-delà de la volonté de mainmise sur le vivant, dont font acte les  multinationales, soutenues par l’état, nul n’a le droit d’imposer la  génétique semencière de demain. Les hybrides ont montré leurs limites,  les OGM (refusés par les 85 % des consommateurs) sont une faillite  sanitaire et technologique. Les semences reproductibles, issues des  variétés de population, constituent certainement, sur les acquis de  10.000 ans de recherche, une des grandes solutions d’avenir.

Association Kokopelli "Pour la Libération de la Semence et de l'humus"

 

P.I.S.T Oasis, 131
Impasse des palmiers
30319 Alès Cedex

Tél : 04 66 30 64 91 / 04 66 30 00 55
Fax : 04 66 30 61 21

Email :
Site Internet : www.kokopelli.asso.fr

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