Lettre ouverte à Nicolas Hulot
Après avoir, porté par les médias, tenté de poser la question écologique au cœur de la campagne présidentielle, Nicolas Hulot s’est arrêté au bord du Rubicon, renonçant à se présenter. Puis, avant le deuxième tour, il a refusé de prendre position, comme si les deux candidats étaient à égalité pour ce qui de l’environnement. Cette attitude est dénoncée par une grande partie du mouvement écologiste.
Joel Labbe - 28 avril 2007
Cher Nicolas,
J’ai pris connaissance par la presse d’hier de ta détermination à ne pas vouloir prendre position pour le deuxième tour des présidentielles. Je tiens à te dire que j’en suis complètement abasourdi, tout comme beaucoup de Françaises et de Français convaincus du bien fondé des luttes que tu mènes qui sont les mêmes que celles que nous menons, à notre échelle, sur le terrain.
Depuis le début de ton engagement dans la campagne, tu as fait preuve de beaucoup de courage, tu t’es exposé avec conviction, détermination et sans aucun doute, sincérité. Ton but était bien de faire bouger les lignes au regard de la prise en compte d’un développement réellement durable et solidaire, pas pour de la pacotille !
Ton silence en devient aujourd’hui assourdissant : l’état d’urgence planétaire serait-il maintenant soudainement en voie de résolution parce que les deux candidats au deuxième tour auraient signé ton pacte ? Ce mutisme de ta part laisserait à penser que les deux projets de société proposés prennent aussi bien en compte, l’un comme l’autre, les préoccupations qui t’ont poussé à t’engager. Ce qui est totalement faux, et tu le sais bien…
Tu t’es entouré d’experts à même d’analyser les propositions et de donner un avis autorisé sur les engagements des candidats. Ils ne peuvent quand-même pas cautionner ton silence si soudain au moment de faire le choix de celle ou celui qui va présider aux destinées de notre pays. Ta neutralité est forcément bienveillante à l’égard de l’un des deux candidats, cela au moment où une fraction non négligeable de la population n’a pas encore fait son choix. C’est d’ailleurs cette fraction qui fera pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
En cela ta responsabilité d’homme public engagé est grande. Tu es allé trop loin pour t’accorder maintenant le droit de te taire. Cette position te fais te renier et met par terre tout le travail acharné que tu as mené pour cette cause essentielle qu’est celle de la survie de la planète.
Tu as su notamment sensibiliser la jeune population en recherche d’espoir en un avenir vivable. Ton pacte présente la perspective d’un grand projet collectif, qui leur fait tellement défaut aujourd’hui. Tu n’as pas le droit de les laisser dans le vide.
Nous les élus locaux, de toutes sensibilités, engagés dans des politiques globales de prise en compte du développement durable, engagés dans des démarches Agenda 21, avons besoin d’un état, et donc d’un chef d’état dont le projet prend fondamentalement en compte ces préoccupations, tu le sais bien, ça aussi. Ta responsabilité est grande à notre égard et à l’égard de nos populations engagées avec nous.
Cet appel volontairement provoquant est une supplique pour que tu puisses aller au bout de ta mission d’homme libre, responsable, estimé et respecté, et poursuivre cette mission de veilleur après une élection que j’espère victorieuse par rapport aux valeurs qu’ensemble l’on défend.
Je me dois enfin de te mettre en garde contre les graves accusations que tu devras subir si tu persistes à ne pas vouloir prendre position :
- tu seras accusé, à juste titre, d’avoir contribué à laminer, par ton action non aboutie, le parti des verts qui, au delà de ses travers, mène ce combat depuis plus de trente ans,
- tu seras accusé, à juste titre, d’avoir contribué à faire élire un candidat dont le projet va à l’encontre de nos objectifs communs de développement durable et solidaire face à un autre projet présidentiel engagé qui nous apporte un certain nombre de garanties en ce sens…ça aussi, tu le sais bien,
- tu seras accusé de n’avoir été qu’une marionnette médiatique manipulée par un pouvoir politico-affairiste liés aux puissants lobbies financiers. Cela, je ne veux pas le croire, mais saches que certains l’affirment déjà. Ton silence ne pourra que leur donner raison.
Pour t’interpeller, parce que je l’estime nécessaire, j’utilise la presse qui a tellement bien relayé ton action, en espérant vivement qu’elle puisse relayer le cri du cœur d’un modeste élu local, aussi convaincu que tu l’es, pour te pousser à aller au bout de ton engagement. J’invite d’ailleurs toutes celles et ceux qui pensent comme moi à t’interpeller aussi. Tu es allé trop loin, Nicolas, pour te taire maintenant. Tu n’en a plus le droit.
Dans l’attente impatiente d’une déclaration publique de ta part, t’assurant encore de mon estime et de mon respect, je te prie de croire, cher Nicolas, en mes sentiments les plus humains.
Source : Joël Labbe , Maire de Saint Nolffe, Conseiller Général du Morbihan (Divers Gauche).