Un barrage inutile et illégal dans le sud-ouest
Le barrage de Gabas, dans les Pyrénées-Atlantiques, a été inauguré fin juillet. Il avait pourtant été jugé illégal par la justice, et n’a d’autre utilité que d’encourager encore une monoculture de maïs destructrice de l’environnement et consommatrice d’eau.
wwf - 26 juillet 2007
Un nouveau barrage vient s'ajouter à la liste déjà trop longue des barrages sur l'Adour, le barrage du Gabas, un affluent de l'Adour, inauguré le 27 juillet en grande pompe par l'Institution Adour. Le WWF, aux côtés de l'association Gabas Nature depuis 2001 dans la lutte contre ce projet, dénonce les conditions d'illégalité de l'ouverture de l'ouvrage qui doit permettre de récupérer 20 millions de mètres cubes d'eau aux seules fins d'irrigation du maïs sur le Bassin de l'Adour.
Le barrage d'Eslourenties de 27 mètres de hauteur, achevé il y a un an, a noyé 4 kilomètres de la vallée du Gabas, inondé 245 hectares de milieux naturels d'une remarquable richesse et stocke 20 millions de mètres cubes d'eau. Pour Martin Arnould, chargé du programme « Rivières vivantes », l'utilité de cet ouvrage est très contestée : « Cette retenue est d'abord faite pour étendre de 3 000 hectares supplémentaires les surfaces irriguées sur le bassin de l'Adour, déjà passablement noyé sous le maïs. Et ensuite pour remettre de l'eau dans l'Adour, asséché par ces mêmes cultures irriguées et le développement asphyxiant de la monoculture du maïs dans le sud-ouest. Le mono-usage, en l'occurrence l'irrigation, ne doit plus confisquer les rivières ! »
L'ouvrage a pourtant bien été reconnu illégal par la Cour Administrative d'Appel de Bordeaux le 22 mars 2007, suite à l'ignorance délibérée des lois sur la corruption et la maîtrise d'ouvrage par l'Institution Adour et la CACG [1] : non respect des « débits réservés », destruction de sites et d'espèces protégés (écrevisses à pattes blanches), réduction de belles rivières (Lées, Gabas) à l'état de canaux d'irrigation.
Le maïs alimente en effet, le modèle de développement agricole en vigueur depuis plus de 40 ans, basé sur l'augmentation indéfinie des rendements, la concentration des exploitations et des productions. Son expansion incessante (50 000 hectares en 1980 pour le bassin de l'Adour, plus de 160 000 aujourd'hui, 600 000 pour le Sud-ouest) coûte un prix de plus en plus intolérable : destruction des milieux aquatiques [2], empoisonnement progressif de l'eau par les pesticides et les nitrates, épuisement et érosion des sols, « monotonisation » des paysages et désertification du monde rural.
[1] Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne, un organisme à but lucratif.
[2] Un hectare de maïs consomme entre 1500 et 4000 M3 d'eau. Cette eau est prélevée l'été, au moment où la ressource est peu abondante.
Source : www.wwf.fr