Un projet inutile d’aéroport près de Nantes
Près de Nantes, un projet démesuré d’aéroport est promu par les élus : terres agricoles sacrifiées, biodiversité saccagée, équipements très supérieurs aux besoins. L’opération, poussée au nom du « dynamisme économique », fait fi du souci de limiter le transport aérien et camoufle une opération de spéculation foncière.
Acipa ( Association citoyenne contre le projet d'aéroport) - 29 janvier 2006
Dans les années 70, un projet de nouvel aéroport pour Nantes a été lancé et des terres ont été réservées à 15 km au nord de la ville : il s’agissait de pouvoir accueillir le Concorde !
En 2000, le projet a ressurgi, l’aéroport de « Nantes - Notre Dame des Landes » est prévu pour ouvrir en 2015… Dans un peu moins de dix ans, donc, époque où les inquiétudes d’aujourd’hui quant aux ressources pétrolières, à la production de gaz à effet de serre et au réchauffement climatique, seront soit devenues les fondamentaux sur la base desquels notre société se sera réorganisée, soit des problèmes bien plus prégnants qu’aujourd’hui.
L’actuel aéroport fonctionne correctement, à un niveau moyen d’aéroport de province, avec 2 millions de passagers par an. Sa piste unique peut supporter trois fois plus de trafic et l’aérogare deux fois plus de passagers. Alors pourquoi la très grande majorité des élus concernés, de gauche comme de droite (c'est-à-dire presque tous à l’exception des écologistes et des alternatifs), soutiennent-ils coûte que coûte ce projet ?
Ils le soutiennent parce qu’ils veulent que Nantes et sa région deviennent de plus en plus compétitives, parce qu’ils pensent que cela va générer des trafics nombreux vers les endroits de la planète les plus dynamiques économiquement, parce qu’ils voient la croissance du transport aérien comme inéluctable, « malgré quelques ralentissements conjoncturels », parce que même si le pétrole se raréfie, « ce ne sera pas avant des dizaines d’années, et qu’on ne va pas se tirer une balle dans le pied d’ici là » (Patrick Mareschal, Président du Conseil général de Loire Atlantique).
Derrière ces discours convenus du « bien économiquement pensant », se cachent d’une part, la véritable raison de la résurrection du projet et d’autre part, de solides appétits de bétonneurs et de spéculateurs de tout poil.
La vraie raison de ce projet aujourd’hui est de pouvoir laisser le champ libre à une opération de rénovation urbaine importante qui a démarré au sud de la ville de Nantes, sur l’Ile de Nantes. D’anciennes usines désaffectées et d’anciens chantiers navals sont remplacés par des logements et des activités tertiaires. Cette rénovation est un beau projet qui « reconstruit la ville sur la ville », dans un souci de développement durable. Mais tout cela se situe dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Il est donc maintenant urgent de se débarrasser de l’aéroport devenu gênant.
Cette raison n’est pas évoquée publiquement (encore moins les appétits de certains). A l’époque du débat public autour du projet en 2003, ses promoteurs ont prétendu que l’aéroport actuel serait prochainement saturé. Cet argument n’ayant pas tenu après expertise, ils ont mis en avant les problèmes de nuisances et de sécurité liés au survol de zones urbanisées denses. Cet argument est bien réel mais il est curieux qu’il ressorte maintenant alors qu’il n’a guère soucié les élus depuis des dizaines d’années.
Les opposants au projet d’aéroport mettent en avant plusieurs solutions alternatives qui permettraient soit de réduire fortement le survol des zones urbaines (réseau d’aéroports de l’Ouest), soit de le supprimer carrément : en remplaçant sur l’aéroport actuel la piste existante par une autre piste, bien mieux orientée. Avec ce nouveau tracé, les avions ne survoleraient que des zones très peu peuplées.
Jusqu’à aujourd’hui, aucune étude sérieuse de ces propositions alternatives n’a eu lieu. Les élus et les administratifs poursuivent le projet de construction d’un nouvel aéroport, avec deux pistes, très largement surdimensionné, un « demi-Roissy » (l’aéroport de Roissy reçoit 50 millions de passagers par an). Un projet qui détruira plus de 2000 hectares de terre agricole, qui annihilera la dernière zone de biodiversité exceptionnelle du département, déplacera nombre d’agriculteurs, ruinera les finances locales… Tout ça inutilement et pour avoir des avions cloués au sol dans 10 ou 20 ans… Dément, vous avez dit dément ?
Contact : Solidarités Ecologie