Chronique de la bande de Gaza

26 juillet 2006

Le témoignage des ONG

La vie dans la bande de Gaza devient terriblement difficile. Voici le résumé des observations faites par deux ONG françaises, Médecins sans frontières (MSF) et Médecins du monde (MDM).

MSF, le 21 juillet : « Entre le 28 juin, début de l'opération « pluie d'été », et le 18 juillet 2006, à Gaza, 101 Palestiniens (dont 18 enfants, 9 femmes et 3 personnes handicapées) ont été tués : près de la moitié étaient des civils et on compte plus de 300 blessés au cours des incursions et attaques.
Des infrastructures civiles (ponts, ministères...), ainsi que la centrale électrique qui alimentait toute la bande de Gaza ont été détruits. L'ouverture du point de transit des marchandises de Karni reste aléatoire et tous les carrefours sont partiellement ou complètement fermés, ce qui signifie que Gaza est sous embargo quasi-total.
Gaza compte 22 hôpitaux et 58 centres de Santé primaires. 22 de ces centres disposent de générateurs électriques et 21 ont été assignés aux urgences. Les personnels de Santé n'ont pas été payés depuis cinq mois et leur quotidien personnel et familial est très difficile. Malgré cela, et malgré les pénuries de matériel médical, d'électricité et de fuel, médecins et infirmières continuent de travailler : 75% des services hospitaliers sont assurés, 12 centres de Santé fonctionnent 24 heures sur 24 ; quatre 12 heures par jour. Cependant, il est difficile d'assurer tous les niveaux de soins, notamment les moins urgents.
L'électricité est rétablie, en moyenne, 6 à 8 heures par jour. Les générateurs sont très difficiles à trouver localement. Il n'y a pas eu du tout de courant à Rafah entre le 7 et le 13 juillet.
L'eau est quant à elle fournie 2 à 3 heures par jour, mais - faute d'électricité et de fuel - elle ne peut être ni pompée ni stockée. L'approvisionnement du Nord-Ouest de la bande de Gaza a été longuement interrompu après que les tuyaux aient été détruits lors d'une incursion : à chaque incursion, ce sont de nouveaux réservoirs d'eau qui sont détruits et l'accès aux puits qui est rendu impossible.
Le réservoir contenant les eaux usées (situé au Nord de la bande de Gaza) est plein depuis que sa vidange n'est plus possible (toujours par manque de fuel et d'électricité). De plus, il n'y a plus eu de ramassage d'ordures depuis plusieurs semaines dans quelques zones de la bande. »

Source : www.msf.fr/site/actu.nsf/actus/palestine210706?OpenDocument&loc=au


MDM, le 11 juillet : « Une enquête menée par Médecins du Monde dans les centres de santé de Gaza depuis le début de l'incursion israélienne révèle des résultats préoccupants en matière d'accès à l'eau potable, à la nourriture et aux soins.
Les équipes de MdM ont réalisé cette enquête en deux temps, avant et pendant l'incursion, auprès de deux échantillons d'environ 500 patients dans 15 structures de santé (10 centres de santé et 5 hôpitaux) représentatives et réparties sur l'ensemble de la bande de Gaza.
Elle montre que :

- L'accès à l'eau et à l'alimentation s'est dégradé significativement depuis l'incursion israélienne : 70% avaient accès à l'eau courante avant l'incursion contre 43% aujourd'hui. Le nombre de repas par jour est en baisse (13 % des personnes interrogées déclarent ne prendre qu'un repas par jour, soit 10 fois plus qu'auparavant).
- Le délai moyen pour arriver aux structures de santé est multiplié par 4 : 2 heures en moyenne contre moins d'une demi-heure avant le bouclage, et jusqu'à 36 heures dans certains cas.
- Les motifs de consultation liés à la traumatologie sont en augmentation, de même que ceux liés aux grossesses avec des risques accrus d'accouchements prématurés ou compliqués.
- Interruptions de traitements : on assiste à une diminution notable des patients porteurs d'une pathologie chronique, faisant redouter des interruptions de traitement aux conséquences lourdes (diabète, hypertension, asthme).
- En matière de santé mentale, 91% des personnes ont été confrontées à un événement violent dans les jours précédents (« sonic booms », bombardements, etc.) et la majorité d'entre elles (70 à 80%) présente des signes de traumatisme psychologique. »

Source : www.medecinsdumonde.org