Chronique de la bande de Gaza

10 août 2006

Retour à Gaza

Deux militants palestiniens ont été tués et trois autres blessés mercredi soir 9 août dans une frappe aérienne israélienne sur la ville de Gaza, ont rapporté des médecins et des témoins. Ceux-ci ont affirmé qu'un hélicoptère israélien de combat de type Apache avait tiré un missile air-sol sur un camp d'entraînement appartenant aux Comités de la résistance populaire (PRC) dans le quartier al-Zarqa, au nord de la ville de Gaza. Le PRC est l'un des trois groupes militants à avoir capturé un soldat israélien le 25 juin dans le sud de la bande.
Source : Agence Xinhua.

La frontière entre la Bande de Gaza et l'Égypte a partiellement rouvert jeudi 10 août après des semaines de fermeture, a annoncé une porte-parole des observateurs européens à cette frontière. Le passage est uniquement autorisé pour les gens quittant Gaza pour l'Égypte.
Source : Agence Associated Press.

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Boire la mer à Gaza
De Karim Lebhour, journaliste à Radio France Internationale
Lundi 7 août

Je n’étais pas retourné à Gaza depuis novembre dernier, après le retrait israélien. Les Gazaïotes se félicitaient de la disparition des check-points et de la possibilité de circuler sans entraves. La frontière vers Égypte venait de s’ouvrir. Grâce aux serres laissées par les colons, Gaza se voyait exporter tomates, fraises, poivrons… On reparlait de la construction d’un port et même d’une liaison avec la Cisjordanie. Des Cassandre prédisaient que cette euphorie serait de courte durée. Quelques mois ont suffi à leur donner raison.
La bande de Gaza vit désormais au rythme de l’opération « Pluie d’été ». A Gaza City, les coupures d’électricité en sont l’une des conséquences les plus visibles, plusieurs heures par jour et à partir de minuit. Dans les magasins, les commerçants ont renoncé aux denrées périssables. Les rayons ne sont de toute façon pas très fournis.
L’hôpital Shifa de Gaza est saturé. Des malades dorment sur des matelas rajoutés à même le sol. Un chirurgien nous parle de blessures inhabituelles : brûlures très profondes, membres affreusement mutilés, qui, pense t-il, sont le fait d’armes d’un type nouveau tel que des bombes au phosphore ou à fragmentation. Ils nous montrent trois jeunes hommes qui ont perdu un jambe, un bras, voire les deux. Des combattants ? Le chirurgien assure que non. Impossible de vérifier.
Comme souvent dans les zones de conflit, on passe d’un extrême à l’autre à Gaza. Le Light House est un nouveau restaurant ouvert depuis dix jours : jardins, jeux d’enfants, chute d’eau et même un phare d’une vingtaine de mètres ! Le propriétaire nous fait visiter avec enthousiasme. Est-ce vraiment le bon moment pour ouvrir un tel établissement ? Il hausse les épaules : « Ce sera toujours la guerre ici, il faut bien continuer à vivre ! ».
J’y retrouve Rajaa, mon « fixeur ». Dans le jargon des journalistes, le terme désigne l’intermédiaire local, souvent lui-même journaliste, qui arrange contacts, transports et traduction pour les reporters étrangers. La plupart des envoyés spéciaux ont recours à eux. Les « fixeurs » connaissent tout un tas d’anecdotes sur les petits travers des journalistes étrangers : untel qui n’est presque jamais sorti de sa chambre d’hôtel, tel autre qui tentait d’arracher à ses interlocuteurs l’histoire qu’il avait décidé d’écrire avant de venir.
Je ne crois pas qu’aucun des journalistes qui a travaillé avec Rajaa ait déjà raconté son histoire. Rajaa a commis l’immense erreur d’avoir cru au processus d’Oslo. Il a quitté une Algérie en guerre en 1999 pour vivre dans la Palestine de ses parents. Un an plus tard, l’Intifada éclatait et Rajaa entamait sa deuxième guerre. Parce qu’il est rentré hors des « quotas » autorisés par les accords, Israël et l’Autorité palestinienne ne lui reconnaissent aucune existence légale. La reprise des hostilités a bloqué toute négociation sur ce point. Clandestin dans son propre pays, il vit depuis huit ans, sans statut, ni papiers d’identité, avec pour seul horizon cette bande de terre surpeuplée de 40 km de long sur 8 km de large. Sa femme, Karima, Algérienne, n’est pas autorisée à sortir parce que son passeport a expiré. Pour le renouveler, il faudrait qu’elle aille… en Égypte ! C’est l’une des mille histoires que l’on entend à Gaza. De là, peut-être, l’expression qu’affectionnait Arafat quand il lançait à ses détracteurs : « Va donc boire la mer à Gaza ! ».
Les risques d’enlèvement sont beaucoup moins élevés qu’à mon dernier séjour. J’en profite pour rentrer à l’hôtel à pied. Des groupes de jeunes hommes patrouillent, kalachnikov en bandoulière, dans les rues sans lumière. Hamas ? Fatah ? Ils ne sont pas menaçants, mais j’essaie quand même d’avoir l’air le plus « local » possible et je presse le pas.
A mon retour au passage d’Erez, côté israélien, les taxis ont déserté l’endroit faute de clients. Je regagne Jérusalem en stop, avec pas moins de cinq voitures différentes : un Israélien russe, un soldat en permission qui doit rejoindre le sud du Liban dans quatre jours, un jeune fauché très rock’n’roll qui me demande quelques shekels pour l’essence… Un véritable échantillon d’Israël. La première à s’arrêter est une jeune fille, Sybal. L’idée que j’arrive de Gaza lui fait dresser les cheveux sur la tête. Elle n’en demandera pas plus. Elle me parle de son travail avec les enfants, de son divorce, de l’homme « gentil » qu’elle voudrait rencontrer parce que « le prince charmant n’existe pas ». Gaza n’est qu’à quelques kilomètres derrière nous. Déjà un autre monde.

Source : http://www.rfi.fr/actufr/articles/079/article_44806.asp