Chronique de la bande de Gaza

11 août 2006

Un désastre écologique

En juin, Claude-Marie Vadrot, reporter au "Journal du Dimanche", s'est rendu à Gaza, s'interrogeant sur un aspect oublié de la vie dans le territoire palestinien, son écologie. Voyez ci-dessous sa relation. Mais d'abord, notons que la frontière de Rafah, à peine entrouverte, vient de se refermer :

Israël a ordonné la fermeture de la frontière entre la Bande de Gaza et l'Egypte quelques heures après sa réouverture partielle pour la première fois depuis plusieurs semaines, ont annoncé jeudi 10 août des responsables palestiniens et de l'Union européenne. L'état hébreu a averti les observateurs européens que la frontière devait fermer en raison d'une alerte à la sécurité, ont précisé ces responsables. Tsahal n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.
Source : Agence Associated Press.

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La descente aux enfers écologiques de Gaza

C'est vers le nord du territoire, non loin de la plage où une famille de pique-niqueurs Palestiniens a été massacrée par des obus israéliens le 9 juin dernier, qu'il est possible de découvrir, après l'avoir senti de très loin, le cloaque à ciel ouvert où se déversent une partie des eaux usées de la partie septentrionale de Gaza. Les rares stations d'épuration sont hors d'usage, faute de pièces de rechange ou après avoir subi des bombardements. Il en reste des lacs fétides, au pied des immeubles, et qui sont en communication avec les systèmes d'irrigation des maraîchers gazaouis et dont une partie de l'eau s'infiltre dans le sol et pollue les puits. Lesquels sont nombreux dans un territoire où l'eau du robinet coule rarement et où elle est de toute façon impropre à la consommation. Des bulldozers essaient en permanence de consolider les digues qui empêchent ces eaux usées de s'épandre plus loin, digues que les bombardements détruisent régulièrement. (…)
Une partie de l'eau s'écoule souvent vers la mer et gagne les plages, celles du nord comme celles du sud. Les maladies se propagent par les légumes et se transmettent par les puits ou bien elles s'attrapent sur les plages que les habitants de Gaza viennent de retrouver après des années d'interdiction. Il faut savoir que depuis l'évacuation des colons, ces plages représentent la seule distraction d'un territoire où n'existe aucun théâtre, aucun cinéma. Les maladies se retrouvent enfin dans la chair des poissons puisque les pêcheurs de Gaza ne sont pas autorisés, par la marine israélienne, à s'écarter de plus de trois kilomètres du littoral, dans les eaux où stagnent les pollutions.
Sur les plages se constate une autre des calamités du territoire : faute de moyens, parfois tout simplement de camions, les déchets et les sacs en plastique ne sont pas ramassés, alors que, au moins tous les vendredis, des dizaines de milliers de personnes se pressent autour des restaurants de plein air. Dans les rues, dans le centre de Gaza-ville comme dans les banlieues, les ordures s'accumulent également ou brûlent doucement, dégageant des vapeurs plus ou moins toxiques, puisqu'y voisinent des déchets organiques, du plastique, des piles et des batteries usagées ; sans compter tous les résidus chimiques possibles et imaginables. Les émanations de ces feux permanents s'ajoutent évidemment aux gaz d'échappement de voitures dont les carburateurs n'ont pas été réglés depuis des années.
Le Wadi Gaza, la seule rivière qui traverse le territoire d'Est en Ouest, n'est plus qu'un égout à ciel ouvert que tous les poissons et les oiseaux migrateurs (autrefois très nombreux) ont déserté depuis longtemps. Pour cause d'empoisonnement ou parce que toute nourriture en a disparu. Les dernières algues, aperçues l'année dernière, ont également disparu tant la charge chimique y est devenue importante. Le Wadi Gaza s'écoule évidemment directement dans la mer. Quelques enfants s'y baignent…Cela et le reste expliquent l'augmentation permanente des maladies infantiles.
Au nord, à l'est et au sud, le haut mur en béton que les Israéliens finissent de construire (tout comme en Cisjordanie) autour des territoires palestiniens, parachève le recul de la biodiversité, aussi bien dans les territoire occupés qu'en Israël. Cette enceinte en béton, outre qu'elle est insupportable pour les hommes et a entraîné l'arrachage de millions d'arbres, empêche désormais ce qui reste des espaces naturels de communiquer, d'échanger : tous les mammifères sont en voie de disparition. Et l'appauvrissement de la flore se constate déjà, le mur s'ajoutant au grignotage du territoire par des constructions anarchiques que le manque total d'autorité de « l'Autorité palestinienne » ne cherche même pas à endiguer. Cette urbanisation incontrôlée réduit de plus en plus la partie du territoire réservée à la culture et aux espaces. (…)
Si un jour les Palestiniens finissent par retrouver la maîtrise totale de leur territoire, ils n'auront plus pour vivre que des espaces irrémédiablement pollués et détruits.
Par Claude-Marie Vadrot
Source : http://www.jne-asso.org/