Six kilomètres séparent Erez de Gaza. La route à double voie présente un entassement de champs, de hangars, de vergers, d'usines, d'ordures, de ruines et d'immeubles bas au béton sans peinture, en un mélange hétéroclite qui compose, sous le ciel bleu, le décor usuel de Gaza. On aperçoit une orangeraie magnifique, une maison effondrée aux planchers tordus, des ânes tirant des charrettes pleines d'herbe, une vieille femme qui garde des chèvres dans un champ plein de rocailles sur fond de barres HLM, des enfants revenant de l'école en uniforme rayé bleu et blanc. Et puis, très vite, la ville, colorée, animée, dans laquelle se pressent des voitures fatiguées.

Sur ce bout de route comme en tant d'autres endroits d'un territoire qui ne couvre que quarante kilomètres sur moins de dix, la géographie change perpétuellement, au gré des flux et reflux de l'agressivité de l'armée israélienne. Pendant leur mois et demi d'occupation à Beit Hanoun, le bourg le plus proche d'Erez, en juillet, les chars israéliens ont dévasté la route au sortir d'Erez, et l'on doit emprunter une voie parallèle, par Beit Laya, une ville au nord-ouest. Cela permet de découvrir, par exemple, un ensemble d'immeubles flambant neuf, financé, d'après les pancartes, par des organismes des pays arabes.

Plus tard, en novembre, ce sont de surcroît les échoppes et hangars voisins d'Erez qui sont en ruines, abattus le mois précédent à l'occasion du siège de Jabalia, le grand camp de réfugiés qui jouxte Gaza. C'est dire qu'il ne faut jamais attendre des repères une grande pérennité.

Donc, un chemin tortueux rejoint maintenant la route, bientôt impraticable. Il faut prendre par Beit Hanoun une voie de terre, elle aussi bordée de ruines, qui retrouve Jabalia, bien abîmée : de l'eau stagne en de nombreux endroits dans les rues, des ruines se dressent ici et là, il y a des ordures partout - les éboueurs ont cessé le travail pendant trois semaines, pour réclamer leurs salaires en souffrance. Mais c'est la fête de l'Aïd, la fin du ramadan, et la ville exulte. Il y a beaucoup de monde dans les rues, les magasins sont ouverts, les enfants sont partout, une course de chevaux est improvisée sur un boulevard, des balançoires sont installées sur les trottoirs.

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