Dans le jardin du Soldat inconnu, devant le palais du Conseil législatif sis à Gaza, les garçons déambulent dans une ambiance de fête foraine au milieu des stands de kebab, de sandwiches, de thé, de sodas, de fruits secs. La salle de jeux vidéo est pleine à craquer. Dans le square, on se presse, ou l'on discute assis sur la maigre pelouse. Des gars se hissent sur un grand portique, à six mètres de hauteur. Des jeunes font le tour de la place à cheval, des gamins jouent avec des mitraillettes en plastique, on rallume le narguilé aux braises qui brillent dans la nuit. C'est la fête, on est joyeux, on a oublié l'ennui. Pas de filles, sauf quelques gamines impubères, un groupe de jeunes mères, en contrebas d'un muret, berçant des nourrissons, et des femmes voilées de noir qui choisissent des gâteaux dans une pâtisserie.

Autre jour, un vendredi. La grande prière est célébrée à la mosquée qui fait face à l'hôpital Chifa, non loin duquel nous logeons. Des centaines d'hommes, dehors, écoutent attentivement le prêche vigoureux propagé par des hauts-parleurs perchés en haut du minaret de béton sale de la modeste mosquée, dont l'entrée s'orne d'un auvent de tôle. Faute de place dans l'édifice, les hommes sont alignés sur trois ou quatre rangées devant la mosquée, et même au-delà, le long des magasins qui la jouxtent, ou de l'autre côté du carrefour. Ils s'agenouillent et se prosternent, tous ensemble, selon les paroles prononcées calmement par l'imam. Cela dure une demi-heure, que rendent dense la dévotion de cette foule unie et le silence dans lequel résonnent les incantations psalmodiées d'une voix grave. Quelques voitures passent, un âne attend contre un mur. Puis la prière s'achève, les hommes se relèvent, se rechaussent et se dispersent.

Le vendredi est aussi paisible que le dimanche en France : les rues sont vides, une atmosphère de tranquille sérénité règne tandis que chacun savoure la douceur du matin et du sommeil avant la grande prière. Rue Nasser, à Gaza, seuls quelques magasins d'alimentation sont ouverts. De rares enfants jouent sur les trottoirs. Deux voitures rechargent la batterie de l'une. Un présentoir devant une petite épicerie expose quelques exemplaires d'al Qods, journal quotidien édité à Jérusalem. Un troupeau de moutons marrons et noirs traverse la rue, accompagné par un berger en parka et keffieh, chevauchant un âne, il salue en souriant. A un carrefour, un gars vend des fraises fraîches qu'il a disposées sur une plaque d'aluminium. De l'autre côté, des enfants, dont l'un est assis à l'intérieur d'une caisse métallique qui a pû être un meuble de cuisine dans une vie antérieure, entretiennent un feu de papier. Une ambulance passe en hululant. Bien qu'on soit vendredi, une dizaine d'ouvriers s'activent sur un chantier de construction.

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