C'est une guerre. La résistance s'est constituée en armée organisée, certes équipée de façon presque dérisoire comparée à son adversaire, mais résistant pied à pied aux attaques de l'occupant, et exerçant même une pression constante sur les colonies en les bombardant de roquettes avec une régularité obstinée, quel qu'en soit le prix. Quand à l'occupant, il est difficile de ne pas avoir l'impression qu'il mène une guerre de conquête - mesurée au mètre près, mais dans laquelle il gagne incontestablement de l'espace. Au nom de la "sécurité", Israël élargit toutes les bandes frontalières : à Rafah, on l'a vu, à El Mawassi, où les colons implantent début 2004 des serres nouvelles, aux abords des routes qui mènent aux colonies, où s'est créé un territoire interdit, ainsi que tout le long de la frontière. Avant la deuxième Intifada, Israël contrôlait - c'est-à-dire occupait ou interdisait - 17 % des 365 km2 de la bande de Gaza, fin 2004, la proportion est proche de 40 %.
Cette guerre est précisément datée : elle a commencé le lendemain du 28 septembre 2000, jour où Ariel Sharon s'est rendu sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem. Cet acte a suscité la révolte des Palestiniens, qu'on a appelée la deuxième Intifada. Mais celle-ci a un caractère tout différent de la première, qui s'était déroulée de la fin 1987 à 1993, et pendant laquelle les jeunes Palestiniens lançaient des pierres. Comme le dit Jamila Bakroun, professeure aveugle de 39 ans, "l'Intifada actuelle est bien pire que la première, parce qu'elle s'est militarisée des deux côtés : il y a des F 16, des hélicoptères, cela n'était pas arrivé avant." Et, du côté des résistants, des mitraillettes, des mines et des lance-roquettes.
Mais celles-ci ne sont pas venues tout de suite. Dans les premières semaines de l'Intifada, les jeunes combattaient à mains nues. Mohammed X : "Pendant l'Intifada, j'étais un leader. Je lançais des pierres à Netzarim. Cela a duré des mois ici à Netzarim, je rentrais à Beit Laya, en marchant, à onze heures ou à minuit. Il y avait des milliers de jeunes à certains endroits, et beaucoup moins à l'avant, où était "le cercle de la mort", où se produisait l'affrontement des pierres et des mitrailleuses. A 99 %, c'était du courage. J'ai été dans le cercle de la mort. Là, tu trouves des vieux, des jeunes, pas d'enfants. Cela touche la dignité de l'être. Les soldats ont peur quand ils voient des gens comme ça - le voleur a toujours peur."
Mais le "voleur" était puissamment armé. Face à lui, la seule possibilité était de se faire tuer. Ibrahim Owdh, vingt ans : "Quand Sharon a été sur al Aqsa, les gens étaient comme fous. Dans les premiers six mois, j'ai été deux ou trois fois à des manifestations, lancer des cailloux. Mais c'était très violent, il y avait des blessés, des martyrs, cinq ou dix morts par jour, c'était la guerre, j'ai eu peur. J'avais surtout peur quand les avions intervenaient." Fadel Rajab, vingt-cinq ans : "Au début de la deuxième Intifada, on a commencé à se battre, un peu comme tout le monde. Et puis on a arrêté : il n'y a pas moyen de se battre contre un char ou un avion. Nous n'avons pas d'armes pour faire face."
Alors, les principaux groupes politiques palestiniens ont choisi la voie de la résistance militaire, et l'escalade n'a plus cessé. Comme le résume un homme rencontré sur le marché automobile d'occasion (il n'y en a pas pour les neuves) de Gaza : "Nous voulons la paix. Mais si Sharon veut la guerre, nous aussi."
La résistance est devenue de plus en plus efficace. Selon le relevé établi par les colons du Gouch Katif, 67 soldats israéliens ont été tués entre septembre 2000 et février 2004 - plus des trois quarts depuis début 2003. Les destructions de véhicules blindés, voire de tanks, sans être fréquentes, ne sont plus exceptionnelles, comme en témoignent à Jabalia, les chenilles d'un char enroulées autour du square rond d'un carrefour. La résistance a obtenu un résultat impressionnant en détruisant le camp d'Abou Houli en juin. En décembre, elle réussit à endommager fortement une tour de Rafah, là encore au moyen d'une forte charge explosive acheminée par un tunnel. Un journaliste de la télévision Palestinian Space Channel, Mohammed Juda, basé à Rafah, nous dit : "Ces deux dernières années, la résistance à Rafah est devenue féroce. Ils n'avaient jamais fait exploser de blindés, ils l'ont fait en mai. Ils ont des camps où ils apprennent à utiliser les RPG 7 [lance-roquettes antichar]. Ils sont beaucoup mieux organisés qu'il y a deux ans."