Des fichiers à l'école

L'Education nationale s'apprête à généraliser un fichier exhaustif rassemblant des données personnelles sur tous les élèves fréquentant l'école primaire. La nature de ces données et leur centralisation a plus un objet de contrôle social que de bonne pédagogie, selon la Ligue des droits de l'homme.

Ligue des droits de l'homme - 15 décembre 2006

Base-élève, c'est le nom choisi par le ministère de l'Education nationale pour baptiser son système de fichage informatisé de la maternelle au CM2. Déjà expérimenté dans 21 départements, il sera généralisé dès la rentrée à l'ensemble du territoire. Toutes les données familiales, sociales, scolaires et identitaires des élèves seront ainsi transmises par les directeurs d'école à l'Inspecteur de l'Education Nationale, à l'Inspection Académique, puis au Rectorat pour terminer, via Internet, dans un fichier national partiellement accessible aux maires.

L'administration met en avant la nécessité de centraliser ces données pour des besoins statistiques ainsi que l'aide apportée par ce dispositif aux directeurs d'écoles. Pourtant, ces justifications ne nous rassurent en rien sur la dangerosité d'un tel outil. Car la plupart des directeurs utilisent déjà un logiciel de gestion. Le véritable « plus » de Base-élève réside surtout dans certains champs à renseigner, qui nous en disent long sur les besoins statistiques invoqués : nationalité, résultats scolaires, suivis RASED, langue et culture d'origine, absences, intervenants éventuels, situation familiale, santé, date d'entrée en France...

Autant d'items qui montrent à l'évidence que le besoin éducatif des jeunes n'est pas la seule raison d'être de Base-élève. Car si ce n'est pour contrôler étroitement les populations étrangères, en quoi la nationalité d'un enfant ou son année d'arrivée en France nous intéresseraient-elles ? C'est ce qu'a confirmé l'Inspection d'académie des Pyrénées-Orientales, où Base-élève est expérimentée depuis 2004, en reconnaissant « être la plus grande source d'information sur l'immigration ».

Dans un contexte où la nouvelle orthodoxie politique amalgame « familles issues de l'immigration » et délinquance, la Base-élève est d'autant plus dangereuse qu'elle centralise et croise des informations personnelles. Or, une quinzaine de directeurs d'école d'Ille et Vilaine refusent de renseigner la base-élèves.

Voici les mesures disciplinaires que l'Inspection Académique 35 compte prendre à leur encontre : suspension totale du traitement et destitution de la fonction de direction.Un Inspecteur de l'Education Nationale en a fait part la semaine dernière à l'une des directrices concernées. La gravité de cette menace en dit long sur les enjeux de la base-élèves dans le contexte politique actuel.  

 

Source : www.ldh-toulon.net/spip.php?article1516