L’EPR autorisé en douce ?
Le gouvernement pourrait autoriser discrètement et prochainement le lancement du réacteur nucléaire EPR alors même que plusieurs des principaux candidats à la présidentielle ont pris position pour un moratoire sur ce nouvel équipement. Ce serait un véritable déni de démocratie, contre lequel s’élèvent Nicolas Hulot, Jacques Testart, Greenpeace, Benjamin Dessus, et de nombreuses ONG.
Hulot, Testart, Greenpeace… - 26 mars 2007
A moins d’un mois du premier tour des élections présidentielles, le gouvernement s’apprête à signer dans la plus grande discrétion et dans l’urgence le décret d’autorisation de l’« installation nucléaire de base » Flamanville 3, à savoir le nouveau réacteur nucléaire EPR. Parce que l’EPR de Flamanville sera le premier réacteur nucléaire lancé en France depuis plus de 15 ans et qu’il ouvre très vraisemblablement un nouveau cycle de constructions de centrales, la signature d’un tel décret constitue un acte politique majeur qui engage la politique énergétique et climatique de la France pour les prochaines décennies. Une telle autorisation arrive au bout d’un processus de décision contestable, qui relève davantage d’une logique de fait accompli que d’une démarche véritablement démocratique. Un processus qui n’a jamais laissé penser qu’il pouvait aboutir à une autre décision que celle affirmée dès le départ : la construction d’un EPR.
Petit rappel des faits. Le gouvernement a d’abord ignoré les conclusions rendues par les trois sages (MM Pierre Castillon, Mac Lesggy et Edgard Morin) qu’il avait lui-même nommés et qui ont conclu en 2003 à la non urgence d’un nouveau réacteur nucléaire en France. La loi votée un peu plus tard n’a pas non plus tenu compte des risques liés à ce nouveau réacteur, et pour cause : le rapport sur la sûreté de l’EPR n’a été rendu public, et donc disponible pour les parlementaires, qu’après le vote ! En outre, le débat public, obligatoire pour ce type de projet, s’est tenu après que le parlement ait voté et que le Président de la République, le Premier ministre et plusieurs ministres aient annoncé la décision de construire l’EPR.
Cette absence de respect des règles du de débat public avait d’ailleurs suscité des réactions très critiques de la part de la Commission nationale du débat public. Mais l’Etat ne s’est pas arrêté là puisqu’il a été jusqu’à utiliser le secret défense, la censure et la DST, pour tenter de stopper toute discussion autour des enjeux de sécurité et de sûreté. Enfin, à l’été 2006 s’est tenue l’avant-dernière étape de cette marche forcée vers l’EPR, l'enquête publique, à laquelle le gouvernement procédait entre coupe du monde de football et vacances scolaires ! L’ultime étape de la décision se prépare actuellement dans les bureaux des ministres de l’industrie, de la santé et de l’environnement sous la forme d’un décret qui attend leurs signatures.
Aujourd’hui, plus que jamais, la décision de construire un réacteur EPR est remise en cause tant sur son utilité que sur sa légitimité démocratique. A l’occasion de l’élection présidentielle, l’avenir climatique et énergétique de la France mérite mieux que le débat tronqué qui nous a été servi sur l’EPR. La plupart des candidats à l’élection présidentielle l’ont bien compris et s’engagent soit à organiser un nouveau débat sur la pertinence de l’EPR (François Bayrou et Ségolène Royal) soit à abandonner purement et simplement le projet (Olivier Besancenot, José Bové, Philippe De Villiers, Dominique Voynet).
Il en va de même des Français, qui rejoignent les 62000 personnes qui ont manifesté samedi 17 mars dans cinq grandes villes en France pour s’opposer à l’EPR : près de 80% d’entre eux estiment qu'il faut en priorité développer les énergies renouvelables pour qu'elles deviennent la source principale d'énergie, contre moins de 20% qui défendent le maintien du nucléaire (sondage Louis Harris pour 20 Minutes et RMC, février 2007).
Parce que nous croyons que notre avenir climatique et énergétique mérite mieux qu’une décision prise dans la précipitation électorale, parce que nous croyons qu’un véritable débat démocratique peut enfin s’engager en France sur l’énergie, nous lançons un appel solennel au gouvernement à ne pas signer le décret d’autorisation de l’EPR.
Texte signé par :
Nicolas Hulot, Benjamin Dessus (expert en énergie, Président de Global Chance), Bernard Laponche (ancien Directeur général de l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie (AFME), expert en politiques énergétiques), Arnaud Gossement (FNE), Yannick Jadot (Greenpeace), Sandrine Mathy (Réseau Action Climat), Serge Oru (WWF), Jacques Testard
(Biologiste), Joo Zimmermann (les Amis de la Terre).