L’impôt est bon pour la société
Autour de la revue Alternatives Economiques, de nombreux économistes et citoyens appellent à « Consentir à l’impôt ». Celui-ci est facteur d’égalité, rappellent-ils, et permet de financer les biens publics utiles à tous. Ils dénoncent la « sécession fiscale des plus riches ».
Reporterre ne peut que s’associer à cette initiative louable.
Mais avec une réserve importante : le texte déplore une « société condamnée à une croissance lente », souhaitant implicitement qu’il faudrait que la croissance soit forte. Il n’y a nul besoin d’une croissance forte dans des pays développés, mais bien au contraire une réduction de l’égalité des revenus et des patrimoines, un investissement dans les services collectifs (santé, éducation, culture, recherche) et écologiques plutôt que dans la stimulation de la production, et une diminution de la consommation matérielle globale.
Il serait regrettable que la mobilisation des citoyens autour d’un nouveau sens collectif serve de vecteur à la promotion d’une croissance « forte », désastreuse pour l’environnement et pour le tissu social.
Aternatives économiques - 12 février 2007
« Pourquoi nous consentons à l’impôt » - Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché.
Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés.
C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.