Les mauvaises réponses à la vraie crise immobilière
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle proposent de résoudre la crise du logement en augmentant les aides aux accédants. Mais cette solution ne fera qu’enrichir les rentiers en maintenant les prix à un niveau élevé, affirme Jeudi Noir. Mieux vaut viser la baisse des prix du logement.
Jeudi Noir - 23 mars 2007
Alors, krach ou pas krach? Les experts s’interrogent, la FNAIM (Fédération nationale des agents immobiliers) tente de donner le change, jusqu’à la plaquette de présentation du salon de l’immobilier qui explique que : “La hausse des prix ralentit, les taux de la BCE sont plutôt à la hausse, les durées de commercialisation s’allongent, certains programmes vendus à l’investissement sont plus difficiles à louer...”
Dès lors, deux options : réguler pour que les prix reviennent à des niveaux compatibles avec le pouvoir d’achat des Français ou au contraire alimenter le marché en soutenant la demande au plus grand bénéfice des banques, agences immobilières et notaires, au risque de favoriser l’endettement des ménages sur 50 ans.
A un mois de la présidentielle, les principaux candidats semblent privilégier la seconde option. Ils rivalisent en effet de promesses toutes plus inflationnistes les unes que les autres, du moins pire (augmenter les aides à la personne) au plus fou (défiscaliser les intérêts sur les crédits immobiliers, véritable pousse-au-crime à l’endettement pour les ménages les plus défavorisés). Les pouvoirs publics ne doivent pas maintenir la bulle sous perfusion.
Déduire des impôts les charges d’intérêts immobiliers (Sarkozy) ? Jean-Pierre Petit, directeur de la recherche économique et de la stratégie à Exane BNP-Paribas, explique que “cette mesure est inefficace, coûteuse et inégalitaire. Cet expédient pèsera annuellement plus de 2,5 milliards d’euros sur les finances publiques. Il relancera l’inflation des prix de l’immobilier qui s’apaisait. Ce que les ménages gagneront au plan fiscal, ils le perdront au niveau des prix. La situation des particuliers primo-accédants se sera encore dégradée : en prenant tous les risques, ils acquièrent des biens toujours plus chers, avec une dette de plus en plus lourde. (...) Cette mesure ne fera qu’enrichir la rente immobilière, c’est-à-dire les ménages aisés et toute la chaîne des banquiers, notaires, marchands de biens et autres agences immobilières...”
Augmenter les aides à la personne (Royal) ? Mais à qui profitent-elles ? On ne sait pas vraiment, mais on peut deviner qu’une bonne partie atterrit directement dans la poche des propriétaires. Dans les villes étudiantes, l’introduction des APL a eu pour conséquence automatique une soudaine augmentation des prix des petits appartements destinés aux jeunes. D’après l’économiste Gabrielle Fack, 50 à 80 % des APL sont en réalité de pures et simples subventions aux propriétaires.
Si aux Etats-Unis, la bulle immobilière a déjà explosé, en France le marché immobilier vacille... Donnons lui le coup de grâce, l’économie ne s’en portera que mieux (voir “Et si la propriété immobilière créait le chômage” http://economistes.blogs.liberation.fr/chiffrage/2007/03/et_si_la_propri.html)
Si la grève des achats est le seul moyen d’accélerer la baisse des prix, nous appelons tous les acheteurs hésitants à continuer à hésiter, jusqu’à que les prix reviennent à la normale.
Source :Droits Devant !!