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Ecologie

La Bolivie radicalise la négociation climatique

Hervé Kempf

vendredi 10 décembre 2010

Evo Morales : "Soit le capitalisme meurt, soit la planète trépasse"


(Depuis Cancun, au Mexique)

La Bolivie joue-t-elle les trouble-fêtes ? Vu du « Moon Palace », hôtel de luxe où se tient la conférence sur le climat des Nations unies à Cancun jusqu’à samedi 11 décembre, sans doute : la délégation bolivienne s’est retirée vendredi des groupes de discussion mis en place par la présidence mexicaine afin de faire progresser la négociation. Et sa vive contestation d’un possible abandon du Protocole de Kyoto pourrait menacer la conclusion de l’accord qui se dessine depuis quelques jours.

Mais vu du centre sportif Jacinto Canek, au centre ville de Cancun, loin des hôtels où s’agglomèrent les touristes américains, il en va tout autrement : étaient ici réunis, jeudi 9 décembre, plus de mille paysans et indigènes mexicains et d’autres pays d’Amérique latine, ainsi que nombre de délégations de la société civile d’Europe et d’Amérique. Et au milieu des chants, du mouvement des drapeaux, des slogans repris avec force et de bon cœur, la Bolivie apparaît comme un Etat qui porte les aspirations et la colère populaires. Quand le président Evo Morales arrive, d’ailleurs, il doit d’abord écouter sagement, pendant plus d’une heure, les interventions de délégués de nombreux Etats et associations. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut expliquer sa position : « Les pays capitalistes veulent marchandiser la nature pour générer plus de ressources économiques. Mais ce n’est pas avec l’argent que nous allons abaisser la température de la planète ! »

La ruade bolivienne n’est cependant pas improvisée. Depuis qu’Evo Morales, un leader paysan et indigène, est devenu président de la République d’un des Etats les plus pauvres d’Amérique latine, il a développé une politique extérieure largement axée sur des positions environnementales originales.

Il défend « les droits de la Terre-Mère », ou Pachamama, le terme employé dans les cultures andines, et demande aux Nations unies de les reconnaître, au même titre que les droits de l’homme. Il dénonce avec constance le capitalisme comme la cause du changement climatique. Il a organisé en avril 2010 un "sommet des peuples" à Cochamba, dans son pays. Et avec les autres pays de l’Alba (une association d’Etats unissant notamment la Bolivie, le Venezuela, l’Equateur et Cuba), il a empêché que l’accord de Copenhague soit pleinement reconnu, en décembre 2009. Cela surprend l’univers policé de la négociation climatique, mais Evo Morales pose le problème sous une forme radicale : « Il n’y a que deux solutions, a-t-il expliqué en conférence de presse jeudi : soit le capitalisme meurt, soit la Terre mère trépasse. »

Petit Etat, la Bolivie n’en a pas moins une voix à la table de la communauté internationale. Elle est en passe de devenir le porte-parole d’un mouvement environnemental qui se réorganise sous l’étendard de la « justice climatique », alliant la question écologique à la question sociale. Mais il est peu probable qu’elle bloque vraiment l’accord qui se dessinait jeudi à Cancun. Ses amis, les autres Etats de l’Alba, participent activement aux négociations, et accepteront le compromis sur la question clé, celle de la prolongation du protocole de Kyoto, si l’on trouve une formulation acceptable : « Morales a lancé un appel à la conciliation et au compromis lors de son discours en plénière  », relève Claudia Salerna, qui dirige la délégation venezuelienne, très proche des Boliviens. Et chez les grandes ONG environnementales, on juge que la Bolivie joue un rôle positif : « La Bolivie insiste depuis deux ans avec constance pour que les plus pauvres et les plus faibles aient une voix au chapitre », note Yolanda Kakabadse, directrice du WWF International. En fait, juge Karine Gavand, de Greenpeace, « la Bolivie est isolée dans son attitude de refus des discussions par petits groupes, et il est peu probable qu’elle bloque tout le processus. Nous sommes plus inquiets de l’attitude de la Russie ou du Japon, qui refusent pour l’instant tout accommodement sur le protocole de Kyoto. »

En effet, la Russie a annoncé jeudi qu’elle ne signerait pas une nouvelle période d’engagement du protocole de Kyoto, suivant la position du Japon, exprimée au début de la conférence. C’est autour de cette question que va se jouer la conférence de Cancun : et ici, la Bolivie ne sera pas seule pour dénoncer le refus des Etats anciennement industrialisés de prolonger le protocole de Kyoto. Non seulement les pays de l’Alba mais une large partie du groupe des pays en développement, le G77, dénoncent l’attitude du Japon et de la Russie.



Source : Reporterre

Lire aussi : Le texte de l’Accord des peuples à Cochabamba : http://www.reporterre.net/spip.php?...

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