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Société

Les Etats-Unis s’appauvrissent - euh... comptent de plus en plus de pauvres

Jean Gadrey

lundi 10 octobre 2011

« Les Etats-Unis, dont le PIB a crû de 22% entre 2000 et 2010, a augmenté pendant cette période le nombre de pauvres de 14,6 millions, soit une hausse de 46 %. »


Les chiffres de la pauvreté en Amérique sont divers et terribles. Plus terribles encore que chez nous où ça empire depuis que notre président nouvellement élu avait promis, la main gauche sur le cœur de Martin Hirsch et la main droite signant de gros chèques pour les riches, qu’il allait réduire de 30 % le nombre de pauvres au cours de son quinquennat.

Il est toutefois un domaine où les Américains (je devrais dire « Étatsuniens ») font nettement mieux que nous en matière de pauvreté : ils sont capables de publier à la fin de l’été 2011 les chiffres de 2010. Chapeau, car chez nous il faudra attendre… l’été 2012 ! Donc après l’élection présidentielle.

Je ne vais pas faire de procès à l’Insee. J’admets que la définition de la pauvreté en France, en termes relatifs, exige plus de temps de traitement d’enquêtes que ce qu’exige la définition US. Il n’empêche : c’est d’abord une question de moyens, donc de choix politiques des gouvernants et de la direction de l’Insee nommée par ces derniers. Fin de la parenthèse et des râleries.

Venons-en aux chiffres pour les Etats-Unis. Les premiers figurent dans un rapport de septembre 2011 du Census Bureau. Pour obtenir la version courte, copiez-collez « Income, Poverty, and Health Insurance Coverage : 2010 » sur votre moteur de recherche. Pour le rapport complet, c’est ici.

Le taux de pauvreté, qui avait nettement diminué pendant les « Trente Glorieuses », connaît ensuite une alternance de hausses et de baisses. Depuis 2000, c’est la hausse, MÊME AVANT LA CRISE : 11,3 % en 2000, 12,5 % en 2007, avant la crise, 13,2 % en 2008, 14,3 % en 2009 et 15,1 % en 2010.

Comment situer le taux de 15,1 % par rapport à notre taux national de 13,5 % en 2009, vu que les définitions de la pauvreté sont différentes ?

Si l’on utilisait la définition française et européenne (le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian), quel serait le taux de pauvreté américain ? Je n’ai vu aucune étude récente permettant de le savoir pour les années 2000. On a en revanche une référence, pour les années 1980 et 1990, grâce à une remarquable étude de l’OCDE (2005) réalisée par Michael Forster et Marco Mira d’Ercole. Copiez-collez « Income Distribution and Poverty in OECD Countries in the Second Half of the 1990s » et vous la trouverez via votre moteur de recherche.

UN TAUX À 17,1 %, OU À 24 % ?

À l’époque de cette étude, on utilisait encore prioritairement le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian, et non pas le seuil à 60 % devenu quasiment officiel en Europe au cours des dernières années. Si l’on met de côté le Mexique, les Etats-Unis sont si l’on peut dire « en tête » avec un taux de pauvreté à 17,1 % en 2000. La France, dans cette étude, est à 7 %.

On trouve toutefois en annexe de la même étude des données comparatives de l’OCDE sur le taux de pauvreté à 60 % du revenu médian pour 2000. La France était à 13 % et les Etats-Unis à 24 %.

UN TAUX ACTUEL À 30 % ?

Je n’ai pas trouvé de chiffres récents sur le taux de pauvreté « à 60 % », mais deux indices font penser qu’il est de l’ordre de 30 %. D’abord, selon une étude fondée sur la Luxemburg Income Study de 2004 (working paper n° 555), le taux de pauvreté « à 60 % » des enfants était alors de 32 %. Il est probablement plus élevé aujourd’hui. Ensuite, et bien que la méthode soit différente, le tableau des tranches de « déciles » de revenu des ménages pour 2008 montre que les 30 % les plus pauvres gagnaient moins de 29.680 dollars alors que le revenu médian des ménages était de 50.000 dollars. Le premier chiffre représente 60 % du second (en fait 59,4 %). Il y a donc (en 2008, mais ça n’a pas dû s’arranger depuis) un peu plus de 30 % des ménages sous les 60 % du revenu médian des ménages.

LA PROPORTION DE GENS SANS ASSURANCE-MALADIE

Dernier graphique, issu du même rapport que le premier. Il concerne la proportion d’Américains sans aucune assurance-maladie et son évolution depuis 1987. En dehors des années Clinton où ce taux diminue, il progresse presque tout le temps. D’autant que la rupture de série en 1999, liée à l’introduction d’une question supplémentaire faisant baisser le chiffre d’environ deux points, masque la hausse sur 23 ans. Si vous « raccordez » les séries, ce que les statisticiens évitent à juste titre mais que je vous engage quand même à faire, vous obtenez en 2010 autour de 18 % d’Américains dépourvus d’assurance-maladie, contre 12,9 % en 1987. La population américaine étant de 308 millions en 2010, cela fait 55,4 millions d’exclus selon la définition d’avant 1999, et 50,2 millions avec la définition actuelle.

Certains chiffres constituent des réquisitoires plus sévères que tous les discours. Ce pays, dont le PIB réel a augmenté de 22% de 2000 à 2010 (2% par an en moyenne), a « ajouté » pendant cette période +14,6 millions de pauvres (+ 46 %) au sens restrictif de la pauvreté, et +13,4 millions de personnes sans assurance-maladie (+ 37 %) !

Ajout, quelques heures après la mise en ligne, à la suite d’une question de Guillaume Duval : qu’en est-il en Europe, l’UE 27 fait-elle vraiment mieux que les États-Unis ? Réponse : OUI, et nettement mieux, mais il n’est pas difficile de faire mieux que le pire. Eurostat publie annuellement les taux de pauvreté (à 60 % du revenu médian) et pour 2009 on obtient que :
- 1) l’UE27 a un taux de pauvreté de 16,3 % là où les USA flirtent avec les 30 %. La zone euro est à 15,9 % ;
- 2) Le pays plus touché par la pauvreté est à 25,7 % (Lettonie), il y en a trois entre 20 et 25 % (Bulgarie, Roumanie et Lituanie) ;
- 3) La France est en neuvième position (par ordre de taux de pauvreté croissants) sur 27 avec 12,9 % selon Eurostat ;
- 4) Grèce, Espagne et Italie ont de très mauvais taux, de l’ordre de 18 à 20 %. Est-ce un hasard s’ils ont de lourdes dettes publiques ?

Pour la source, tapez ” Eurostat Taux de risque de pauvreté après transferts sociaux “.



Source avec graphiques et annexe méthodologique : http://alternatives-economiques.fr/...

Lire aussi : Voilà pourquoi la jeunesse aux Etats-Unis ne se révolte pas

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