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Ecologie

"EDF sous-estime le risque d’un accident nucléaire"

Jacques Repussard

lundi 2 janvier 2012

"Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier. Depuis 2003, nous mettons en garde sur les risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés."


Jacques Repussard, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, dresse le bilan des inspections qu’il a menées dans les centrales françaises.

Le Journal du Dimanche - Qu’a révélé votre audit post-Fukushima sur la sûreté des centrales françaises ?

Jacques Repussard - Celles-ci-ne prennent pas en compte des scénarios comme Fukushima avec une perte totale d’eau et d’électricité. EDF propose des moyens de secours sous vingt-quatre heures, mais on ne peut pas attendre tant de temps. Un séisme pourrait provoquer des accidents sérieux sur certains sites comme à Fessenheim et au Bugey. Les sites des vallées du Rhône et de la Loire doivent surélever leurs digues pour se protéger de fortes inondations.

La centrale de Fessenheim est pointée du doigt. La fermerez-vous ?

Depuis plusieurs années, nous disons qu’il faut renforcer son radier [dalle sous le réacteur] pour éviter une fuite en cas d’accident. Si EDF ne réalise pas ces travaux, il faudra fermer la centrale. Il n’est plus admissible que ces sujets retombent dans l’oubli. Cela nécessite des arbitrages économiques en faveur de la sûreté. Mais il ne faut pas non plus "sacraliser" la fermeture d’un réacteur. La France choisit de rester dans le nucléaire, il faudra construire de nouvelles centrales et donc arrêter les anciennes au fur et à mesure.

Estimez-vous que les centrales françaises ne sont pas sûres ?

Si, elles le sont, mais la sûreté n’est pas statique. Il faut l’améliorer en permanence. Nous voulons pousser le raisonnement sur la sûreté jusqu’au bout. Cette fois, nous verrons si EDF donne suite à nos recommandations. Il y a des vulnérabilités, il faut les traiter. Au quotidien, un certain nombre de manques existent. Parfois, des opérateurs manquent de vigilance, sur des problèmes de sous-traitance par exemple.

EDF et Areva ne semblent-il pas avoir intégré ces changements  ?

Ils n’ont pas fait leur "révolution culturelle". Fukushima a changé la donne et révélé qu’un accident grave était possible, même dans un pays considéré comme sûr. Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier. Depuis 2003, nous mettons en garde sur les risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés. J’espère que nous le serons cette fois. Sinon, ils devront s’en expliquer. Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. Le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d’un accident et du rejet du nucléaire par la société.

Vous n’êtes pas rassurant !

Je suis favorable à la transparence. Avant Fukushima, il y avait une "omerta" sur la sûreté pour éviter de créer de la peur. EDF et Areva craignent que la transparence ne leur nuise. Le résultat est qu’une part croissante de la population n’a pas confiance dans le nucléaire. Nous devons au contraire tout dire pour la vigilance de la société. Cacher les choses n’avance à rien. Je pense que les Français sont capables d’entendre la vérité. C’est notre travail de rappeler à l’ordre EDF quand il manque d’attention. L’homme est ainsi fait, mais c’est là que ça devient dangereux.

Quelles conclusions tirez-vous de l’intrusion de Greenpeace dans plusieurs centrales nucléaires ?

Il ne faut pas lui donner trop d’importance. Nous savons qu’une intrusion est possible en quinze minutes, c’est le délai nécessaire pour l’intervention des gendarmes. On peut rajouter des barrières pour gagner du temps ou poster des gardes armés comme dans les centrales américaines. Mais cela n’empêcherait pas les tentatives d’agression et ne dissuaderait sans doute pas les terroristes. Des informations sur les projets de Greenpeace étaient disponibles avant leur intrusion. Le gouvernement doit d’abord améliorer le renseignement et le contre-espionnage pour prévenir ces risques.

Propos recueillis par Matthieu Pechberty



Source : Le Journal du Dimanche

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