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Ecologie

L’inquiétant incident de la centrale de Penly qu’EDF voulait étouffer

Alain Corréa

vendredi 18 janvier 2013

Un incident le 5 avril 2012 à la centrale de Penly, et voilà un réacteur arrêté pour plusieurs mois... EDF a tenté de banaliser l’’événement. Qui se rèvèle très instructif lorsqu’on reconstitue les circonstances qui l’ont produit.


Le 5 avril 2012 s’est produit dans la centrale nucléaire de Penly, près de Dieppe, un incendie maitrisé dans le bâtiment réacteur, avec un fort dégagement de vapeur. Une pompe primaire est devenue inutilisable et un des deux réacteurs nucléaires s’est arrêté automatiquement.

Pour découvrir la véritable origine de ce coûteux incident, il fallait être présent le 19 décembre à Dieppe à 18h30, là où la CLIN (Commission Locale d’Information sur le Nucléaire) tenait sa toute première réunion publique.
70 personnes étaient présentes.

Ce n’est qu’à une heure avancée de la soirée que le public a pu, enfin, s’emparer du micro.

Et à la question de savoir pourquoi l’incident avait commencé le 4 avril à
3 h 41, le directeur de la centrale nucléaire commença par répondre qu’un opérateur avait d’abord arrêté un ventilateur, puis mis une pompe de graissage en route.

Sans plus de précision.

Déclencher une pompe dans une centrale nucléaire est d’une grande banalité.

Mais, ce que le directeur omettait sciemment de préciser, c’est que l’opérateur avait bien arrêté le ventilateur comme prévu, mais que treize secondes auparavant, il avait mis en marche par erreur la petite pompe hydraulique de soulèvement 2RCP111PO. Action qui n’était pas du tout prévue…

Cette pompe, à déclenchement automatique, est censée ne fonctionner que quelques minutes lors du démarrage d’une des quatre très grosses pompes primaires qui refroidissent le cœur du réacteur.
Or, elle a fonctionné plus de trente heures sans que les opérateurs en salle de commande s’en rendent compte.

Non prévue par le constructeur Jeumont-Schneider, cette durée a été fatale à l’un des joints ; trop sollicité et mal positionné lors du montage en usine, il a fui sur les canalisations brûlantes du circuit primaire, avec les conséquences qui se sont produites le 5 avril : arrêt du réacteur pour plus de 3 mois, manque à gagner de plus de 150 millions d’euros, sans compter la réparation de la pompe primaire (8 mètres de haut, 110 tonnes, brassant 6.000 litres d’eau par seconde).

Récapitulons :

- Une première conclusion évoquant l’erreur humaine est officialisée le 21 juin 2012 devant le HCTSIN (Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire).
Personne n’a communiqué sur cette information.

- Celle-ci est confirmée en novembre, lors d’une commission technique de la CLIN Paluel-Penly / EDF /ASN, mais sans faire, là encore, l’objet d’aucune communication.

- La vérité apparaît enfin grâce aux associations, à l’occasion de la première réunion publique du 19 décembre ; on voit donc toute l’utilité de cette institution locale, à condition de savoir la stimuler et de pousser EDF dans ses retranchements, qui ne communique qu’à dose homéopathique ou dos au mur.

- Tout comme dans l’aviation civile où 70% des accidents sont dus au facteur humain, ici aussi les mêmes causes produisent les mêmes effets : personnel EDF jeune et nouvellement formé, travailleur isolé à trois heures du matin, opérateur utilisant une « boite à boutons » au fonctionnement trompeur aux dires mêmes du directeur de la centrale et d’un de ses ingénieurs.

Au vu du rapport officiel du HCTISN du 21 juin reprenant des documents EDF, on peut légitimement, se poser quelques questions.

Comment et pourquoi, un agent d’EDF, censé connaître les installations, a-t-il pu commettre une telle erreur ?

Cela dit, l’erreur est humaine, mais :

Comment se fait-il qu’il ne s’en soit pas rendu compte lui-même ?
Comment se fait-il que personne ne s’en soit rendu compte pendant plus de 30 heures ?
Le directeur nous a pourtant parlé de « pré-job briefing » qui permet à l’opérateur de préparer son intervention avec ses pairs.
Il a également été question de communication sécurisée : l’opérateur confirme son intervention en direct à son équipe et se fait confirmer ses effets via la salle de commandes.

Comment se fait-il que personne n’ait relevé l’erreur ? Quelqu’un aurait-il caché quelque chose ?
Un dysfonctionnement technique aurait pris le pas sur l’action humaine ?

EDF doit se recentrer sur la formation de son personnel, dont le renouvellement et la connaissance des installations, pour certaines vieillissantes, semblent perfectibles.

A cause des départs en retraite, sur la centrale de Flamanville par exemple, en 2015, 50 % des effectifs auront été renouvelés. On peut craindre une perte substantielle de mémoire du lieu et de tous ces détails qui en assurent le bon fonctionnement et la sécurité au quotidien. Voir ici.

Au sein des 58 réacteurs nucléaires qui nous ont été imposés, ces femmes et ces hommes, avec les trop nombreux sous-traitants, sont les garants de la sécurité du peuple français et de plusieurs millions d’européens.
Une charge lourde de responsabilités et un enjeu qui ne peuvent souffrir la moindre défaillance.

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Pour en savoir plus :

Collectif Stop-EPR, ni à Penly, ni ailleurs, membre de la CLIN Paluel-Penly.

Le rapport du HCTISN (Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire).

Le rapport de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) sur l’incident du 5 avril qui ne mentionne pas l’erreur humaine.



Source : Ecrit pour Reporterre par Alain Corréa, membre du Collectif Stop-EPR, ni à Penly, ni ailleurs

Photo : L’Express

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