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Libertés

Organisations écologistes et des droits de l’homme en cage ensemble pour les « Trente de l’Arctique »

Barnabé Binctin (Reporterre)

vendredi 1er novembre 2013

A l’occasion du voyage de Jean-Marc Ayrault en Russie, écologistes et défenseurs des droits de l’homme se sont enfermés dans une cage. L’enjeu ? Alerter l’opinion publique sur la détention des « Trente de l’Arctique ».


- Reportage, Paris

Une grande cage de 30 m2, installée au milieu de la place de la République, au pied du célèbre monument à la République, la statue de Marianne en bronze. A l’intérieur, des hommes et des femmes, mains agrippées aux barreaux, silencieux. La plupart sont des responsables associatifs, et pendant près d’une heure, ils vont rester regroupés dans l’enclos, portant les portraits des militants de Greenpeace emprisonnés en Russie depuis le 19 septembre.

"La cage représente la cellule des prisonniers, leur enfermement, la privation de liberté », explique Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Symbole de fraternité, aussi : une trentaine d’organisations étaient représentées, de WWF à ATTAC, en passant par le Réseau Action Climat, le CCFD, Générations Futures, Human Rights Watch ou la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Tous ne sont pas écologistes : « Aujourd’hui, nous montrons que nous ne sommes pas tout seul dans cette affaire. Environnement, développement, droits de l’homme, les associations sont unies autour de cette cause », poursuit Julliard.

Pour le président de France Nature Environnement, Bruno Genty, « le sujet est grave, les plaintes encourues sont très conséquentes. Cette mobilisation est une question de solidarité ». Cyril Dion, porte-parole des Colibris, abonde dans le même sens : « C’est émouvant de voir toutes ces organisations différentes, réunies ensemble. Ce n’est pas si fréquent ». Pour lui, il s’agit aussi de défendre le « droit de la nature » : « C’est ahurissant qu’on puisse mettre des gens en taule pour cela. Nous sommes déjà trop peu à descendre dans la rue pour lutter contre le changement climatique, alors si ceux qui le font sur le terrain finissent en prison... ».

C’est ce qui fait des ’’30 de l’Arctique’’ des « prisonniers climatiques » selon Jean-François Julliard : « On connaît les prisonniers politiques. Nos militants, eux, ont été arrêtés pour avoir défendu le climat et la planète ».

Dimanche 27 octobre, une lettre d’un des militants avait été publiée par les hebdomadaires suisses SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche : « La situation est difficile à supporter. Les journées sont longues, les conditions de promenade quotidienne dégradantes et dévalorisantes. Je déambule seul dans un espace fermé de quatre mètres sur cinq. Le sol et les murs sont en béton, aucune fenêtre, pas de lumière naturelle. Une grille épaisse verrouille le plafond, des gardes patrouillent au-dessus. La pièce est sale et humide », écrit ainsi Marco Weber, 28 ans, membre de la section suisse d’escalade de Greenpeace.

Quelques jours auparavant, c’est un militant canadien qui avait fait part de la froideur de sa cellule et de la solitude ressentie : « Je me sens un peu seul. Mon compagnon de cellule ne parle pas anglais. Tous les jours, j’espère une visite de mon conseiller. Chaque semaine, j’anticipe la visite de mon avocat », raconte Alexandre Paul.

Amnesty International, présente également jeudi place de la République, suit avec attention le dossier. Selon Dominique Curis, coordinatrice de la campagne pour la liberté d’expression en Russie, il y a en effet « toutes les raisons de s’inquiéter lorsqu’on connaît le contexte russe. Les conditions de traitement semblent disparates, certains ont accès à leur avocat et à des visites consulaires, d’autre pas ». Le scénario d’arrestation des « 30 de l’Arctique » est « révélateur d’un système judiciaire qui s’acharne contre les expressions critiques ». Une loi, entrée en vigueur il y a un an, oblige ainsi les ONG à se déclarer « agents étrangers » dès lors que leur financement n’est pas russe à 100%.

La répression s’accentue en Russie, selon la responsable d’Amnesty International, et le chef d’accusation adopté dans cette affaire – hooliganisme – en est le reflet : « La définition du hooliganisme est tellement vague en Russie qu’elle autorise tous les abus ».

Jean-Marc Ayrault, le premier ministre français est en visite officielle en Russie jeudi 31 octobre et vendredi 1 novembre. L’action place de la République lui était adrressée : « Nous demandons à Jean-Marc Ayrault de mettre le sujet à l’agenda de sa visite, et de ne pas simplement l’aborder comme un fait annexe, au détour d’une discussion », dit Jean-François Julliard. Selon Dominique Curis, « Les militants russes attendent ce genre de soutien visible et appuyé de la part d’un pays démocratique ».

Les échéances se rapprochent : le 24 novembre, le tribunal de Mourmansk doit délibérer sur l’issue de la condition préventive des trente prisonniers. Trois options sont possibles : la prolongation de la détention préventive, la remise en liberté ou l’ouverture officielle d’un procès auprès d’un tribunal russe.


Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Photos : Alexandre Devos (compte twitter : @DevosAlexandre).

Lire aussi : Relance de la mobilisation pour les écologistes de Greenpeace emprisonnés en Russie.


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