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Alternatives

Ils livrent tout, par tous les temps et à l’heure... en vélo !

Grégoire Comhaire (Reporterre)

vendredi 20 décembre 2013

Au pays du vélo, Eddy Merckx a fait des émules. Mais pas forcément pour la compèt’. A Bruxelles, une jeune entreprise lance la livraison à vélo, de la simple lettre au canapé trois places, et se montre tout aussi efficace, sinon plus, que les services de livraison motorisés, tout en proposant une alternative à l’étouffement du traffic automobile bruxellois.


- Correspondance, Bruxelles

Un colis à livrer ? Une lettre ? Une machine à laver ? Pas besoin d’appeler une camionnette ou un service de livraison polluant. Pour le même prix, et par la simple force de leurs jambes, et de leur guidon, les livreurs à vélo de “Dioxide de Gambettes” amèneront vos envois à bon port, quelle que soit la météo, et sans jamais souffrir des embouteillages.

Dioxide de Gambettes, c’est le nom de la petite entreprise bruxelloise fondée en 2009 par Damien Lesca (34 ans). Une structure de trois personnes, qui pédalent à contre-courant, et qui a transporté 38 tonnes – l’équivalent d’un semi remorque - l’an dernier, sans jamais déroger à la sacro-sainte règle de la ponctualité.

“Tout est parti d’un constat” explique Damien Lesca. “Bruxelles est étouffée par le traffic, notamment par les centaines de milliers de voitures qui y entrent chaque jour, conduites par des gens qui n’y vivent pas et qui viennent pour y travailler.”

“Ces automobilistes”, poursuit-il, “voient notre ville comme un grand parking. L’espace public se réduit chaque jour un peu plus au profit des voitures.” Des voitures où les gens sont seuls, le plus souvent, et qui donnent à Damien Lesca un profond sentiment d’étouffement. “Il y a cent quarante sociétés de livraison enregistrées à Bruxelles. Chaque jour on brûle du pétrole pour transporter des petites enveloppes dans des grandes camionnettes. C’est un véritable gaspillage des ressources naturelles, un vrai gâchis.” Le concept de Dioxide de Gambette était né.

Damien Lesca s’achète un vélo danois muni d’une sorte de benne à l’avant, auquel il est possible de rajouter une remorque, au besoin. Il commence seul mais est vite rejoint par deux comparses, Fanny et Thomas, qui permettent à l’entreprise de couvrir les dix-neuf communes (arrondissements) bruxelloises pour des envois allant de la simple enveloppe au canapé trois places !

L’avantage d’avoir recours à un livreur à vélo est double : il est “eco-friendly”, et aujourd’hui beaucoup de particuliers et d’entreprises intègrent la dimension d’empreinte écologique dans leurs comportements.

Il est économique, ensuite, puisque Damien et ses collègues se faufilent sans problème à travers les voitures. “Certains clients, comme les snacks ou les traiteurs, ont un besoin impératif que la commande arrive à l’heure. S’ils envoient leurs sandwichs en camionnette, ils courent le risque que la commande soit bloquée des heures dans un embouteillage.”

Dans une ville où la mobilité est catastrophique Damien a donc trouvé un bon créneau. Les clients ne manquent pas, des plis administratifs aux distributions de magazines, en passant par les déménagements et la livraison de paniers bios. Mais la structure mise en place il y à quatre ans a tout de même du mal à se développer.

“Je sens qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure. Il faudrait mettre quelqu’un à temps plein à l’administratif, engager plusieurs cyclistes, acheter d’autres vélos, commencer des livraisons en tandem pour des envois plus lourds. Mais il n’y a pas de soutien des pouvoirs publics. On est dans le règne de la machine. Si je voulais acheter un camion électrique, je l’aurais presque gratuitement grâce aux primes de la Région. Mais pour embaucher des cyclistes il n’y rien. Personne ne s’intéresse à une structure de trois personnes.”

Damien craint l’arrivée, un jour, d’un investisseur qui mettra d’un coup vingt-cinq vélos sur le terrain et viendra tuer dans l’oeuf cette belle entreprise qu’il s’efforce de faire éclore. Mais en attendant, lui et ses amis se sont lancés il y a quelques jours dans un défi de taille : amener 450 kilos de sapins depuis les Ardennes belges vers Bruxelles (180 kilomètres) en trois jours.

“Ce défi, c’était l’occasion de montrer au grand jour tout ce qu’il est possible de transporter à vélo. On peut transporter presque tout, et pas seulement les petits colis. C’est aussi une volonté de prise de conscience autour de la notion de “Sport utile”. Une notion qui naît au regard des parcs bruxellois, pris d’assaut sur le temps de midi par des centaines de joggeurs qui se dépensent pour préparer des marathons mais effectuent tous leur déplacements en voiture. Dans la société d’aujourd’hui, les gens travaillent tellement qu’ils n’ont plus le temps d’être en mouvement. Par contre, certains vont dépenser une énergie folle à réaliser des exploits parfaitement inutiles.”

A travers leur métier, Damien, Fanny et Thomas, prouvent qu’on peut rester en forme tout en gagnant sa vie et en inventant d’autres manière de participer à l’économie.


Source : Grégoire Comhaire pour Reporterre

Photos :
- Une : My brussels
- Article : Ecotechniciens

Lire aussi : Le plombier à bicyclette n’était pas polonais .


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