Accueil > Ecologie > L’heure du choix

Ecologie

L’heure du choix

Hervé Kempf

dimanche 21 février 2010


En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l’Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes.

L’histoire est faite de choix. Comment organiser son action en fonction d’une information imparfaite ? Des générations se sont divisées, des hommes se sont trompés, d’autres ont choisi juste. Ceux qui font les bons paris dessinent l’avenir.

Il fallait choisir : Munich ou Londres ; l’URSS ou le monde libre.

Il faut choisir : les climato-sceptiques ou la communauté des climatologues.

La comparaison est-elle exagérée ? Non. La crise écologique – dont le changement climatique n’est qu’un volet – pose à cette génération un défi d’une ampleur historique. En reconnaître l’ampleur permet d’imaginer comment l’enrayer. Du choix que nous ferons dépendra l’équilibre des sociétés humaines de ce siècle. Soit l’on considère le changement climatique comme un défi majeur appelant une mutation profonde de nos sociétés, soit l’on en nie la réalité, et l’on tente de conserver l’ordre établi.

La connaissance du fonctionnement du climat terrestre est-elle parfaite ? Non. Les informations dont nous disposons sont-elles suffisantes pour décider ? Oui. Toutes les questions ne sont pas résolues, tous les débats ne sont pas clos, toutes les recherches ne sont pas achevées. Mais le tableau général prédisant le changement est bien posé et solidement structuré.
Parmi les climato-sceptiques (en France, MM. Allègre, Courtillot, Galam, Gerondeau, Rittaud, etc.), aucun n’a produit un argument suffisamment fort pour passer avec succès le test des procédures de validation scientifique. En revanche, pas une question légitime n’a été mise de côté par les climatologues. Et pour celles qui restent sans réponse, l’investigation continue. Ce que la science nous explique n’est pas un dogme. Mais compte tenu de l’importance de ce qui se joue, les citoyens ont suffisamment d’éléments en mains pour déterminer qui décrit le mieux l’état de la biosphère.

Pourquoi le climato-scepticisme, malgré la faiblesse de son argumentation, trouve-t-il un terrain si favorable à sa prolifération ? Parmi moult explications, une parait décisive. Dès que l’on prend conscience de la gravité du problème écologique, une conclusion finit par s’imposer : pour empêcher le désastre, il faut drastiquement transformer un système qui repose sur une croissance continue de la production matérielle. Changer d’habitudes. Bousculer, aussi, nombre de situations acquises.

Refuser d’admettre ce qu’annoncent les climatologues permet de croire que rien ne changera, que rien ne sera bousculé. C’est pourquoi derrière le climato-scepticisme se décrypte à livre ouvert l’idéologie la plus platement réactionnaire.



Source : Article paru dans Le Monde du 21-22 février 2010.

This article has been translated in English : http://www.truthout.org/decision-ti...

Lire aussi : Allègre, vraiment n’importe quoi. Les preuves http://www.reporterre.net/spip.php?...

Info

  • Le bourg de Valmondois goûte le bien-vivre grâce à une conviviale lenteur

    Lorène Lavocat (Reporterre)

    A 30 km de Paris, dans le Val d’Oise, la commune de Valmondois et ses 1200 habitants se sont lancés dans l’aventure Cittaslow. Ce mouvement international vise à ralentir le rythme de vie urbain pour atteindre au bien-vivre. La recette pour réussir ? La convivialité.

  • La bataille de Venise contre les paquebots monstrueux

    Marie-Paule Nougaret (Reporterre)

    A Venise, des paquebots de la taille d’un grand immeuble empruntent sans discontinuer les canaux de la cité, au risque de l’endommager. La bataille est engagée pour les proscrire.

Tribune

  • Mais où est donc passé « l’Airbus de l’énergie » promis par M. Hollande ?

    Noël Mamère

    Il y a plus de trois mois, François Hollande annonçait la création de "l’Airbus de l’énergie", moteur d’une future Communauté européenne de l’énergie destiné à soutenir le développement des énergies renouvelables. Mais depuis, silence radio. "En vérité, un consensus conservateur et productiviste bloque tout projet d’envergure sur les énergies renouvelables en France."

  • Mme Royal, abandonner l’écotaxe serait aberrant

    Peio Dufau et Jérôme Teillary (CGT)

    Des syndicalistes prennent parti. "La pollutaxe n’est pas une fiscalité punitive (...), mais un juste rééquilibrage d’une concurrence déloyale et faussée entre la route et les moyens de transport alternatifs."

  • L’appel de Jimmy Carter et Mary Robinson pour le climat

    Jimmy Carter et Mary Robinson

    L’ancien président des Etats-Unis et l’ancienne présidente d’Irlande appellent à la mobilisation sur le changement climatique. En 2015, adjurent-ils, "les dirigeants du monde entier doivent s’entendre sur un traité pour le climat".