A69 : « l’offensive violente » des pro-autoroute contre les opposants
La maison d'un opposant à l'autoroute A69, visée par des jets de peinture. - Document remis
La maison d'un opposant à l'autoroute A69, visée par des jets de peinture. - Document remis
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Dégradation de matériel agricole, intimidations, graffitis sur les maisons… Plusieurs opposants à l’A69 ont été directement visés, quelques jours avant un rassemblement festif contre le projet autoroutier.
Toulouse, correspondance
« Les pro-autoroute ont organisé une offensive violente contre les opposants, c’est inacceptable », s’indigne Laurent Prost, membre de La Voie est libre, un collectif de riverains opposé à l’autoroute A69. Dernier épisode en date, dans la nuit du 27 au 28 juin : il était 4 heures, quand trois hommes, visiblement très jeunes, ont détruit le compteur du système d’irrigation d’un agriculteur près de Puylaurens, à 20 km de Castres. Captée à leur insu par une caméra automatique, la séquence, que Reporterre a pu consulter, laisse peu de place au doute : ces personnes étaient là pour s’en prendre au matériel de cet agriculteur, connu pour être un opposant au projet d’autoroute Castres-Toulouse.
« On a cassé mon compteur, volé une pièce du système pour me raccorder au réseau d’irrigation secondaire, plié un tuyau qui est irrécupérable… Je suis très inquiet pour les cultures, surtout avec ces chaleurs », déclare à Reporterre l’agriculteur, qui a préféré rester anonyme. « Les pertes sur les cultures maraîchères vont se chiffrer au minimum à 60 000 euros. Il fait 40 °C en ce moment. Sans eau, tout va mourir », constate-t-il, dépité.
Sur cette vidéo, on aperçoit distinctement le visage des trois individus, dont deux ont pu rapidement être identifiés par les opposants à l’A69, qui disent avoir reconnu des jeunes du coin travaillant pour une entreprise de travaux publics directement impliquée sur le chantier de l’autoroute. Ils ont déposé plainte. La gendarmerie de Puylaurens n’a pas souhaité commenter ces informations.
Les noms d’opposants affichés sur des pancartes
« C’est un gros préjudice moral, je suis extrêmement stressé pour mes cultures. On se demande également si, après les travaux de remise en état, cela ne va pas se reproduire en pire, déplore l’agriculteur. J’avais placé quelques caméras après les dégradations qui ont eu lieu un peu plus tôt dans la semaine et, visiblement, j’ai bien fait. »
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Quelques jours plus tôt, dans la nuit du 24 au 25 juin, les pro-autoroute avaient déjà fait parler d’eux dans la plaine castraise. Des pancartes affichant l’identité de dix opposants avaient été disposées sur des routes passantes près de Castres avec la mention : « Hébergeurs ou soutiens de voyous. » D’autres pancartes accrochées à des panneaux étaient affublées d’une cible et de la phrase : « Oui à l’A69, non aux voyous. »
« Malgré eux, ils ont mis en lumière l’ancrage local de cette lutte »
Les opposants de cette liste ont directement été ciblés, avec des projections de peinture rouge sur leur maison, devant leur ferme ou sur leur entreprise. Parmi les dix personnes citées sur les pancartes, quatre sont agriculteurs, dont l’exploitant de Puylaurens qui a vu son matériel dégradé.
« Il y a beaucoup de paysans qui sont contre cette autoroute », confirme Bruno Cabrol, agriculteur en polyculture-élevage à Cambounet-sur-le-Sor, qui a été visé par des projections de peinture rouge devant sa ferme. « On entend souvent que les personnes opposées à l’autoroute sont des zadistes qui viennent de l’extérieur du Tarn, dit-il. Pourtant, les dix noms affichés sur ces pancartes sont des gens de la plaine castraise. Des agriculteurs comme moi, des entrepreneurs, des personnes très investies dans la vie locale. Malgré eux, ils ont mis en lumière l’ancrage local de cette lutte. »
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Pour Bruno Cabrol, ce n’est pas anodin si cette action a eu lieu quelques jours avant le rassemblement festif à l’appel des Soulèvements de la Terre contre l’A69, prévu du 4 au 6 juillet dans le Tarn. « Ils cherchent à intimider les soutiens locaux, à dissuader les agriculteurs d’accueillir sur leur terrain de tels événements », assure-t-il.
Myriam Joly, dirigeante de l’entreprise Missègle, qui produit du textile en fibre naturelle depuis quarante ans dans le Tarn, a également été ciblée par l’action des pro-autoroute. Son nom a été affiché sur les pancartes le long de la route et la devanture de son magasin affublée d’un graffiti rouge : « Oui A69. »
« C’est consternant, j’étais vraiment stupéfaite en découvrant cela. C’est aussi un peu effrayant, confie Myriam Joly. Mes clients ont été catastrophés, mais m’ont unanimement apporté leur soutien. De toute manière, tout le monde sait que je suis contre cette autoroute. » Les personnes ciblées ont rapidement reçu une vague de soutien et de solidarité. Certaines ont également déposé plainte auprès de la procureure de Castres.
« Ils ont tapé sur dix personnes, mais il y en a encore des dizaines et des dizaines qui sont prêtes à ouvrir leurs fermes, les portes de leur maison ou de leur entreprise pour offrir de la nourriture, des vêtements, une douche ou un lit à celles et ceux qui luttent sur le terrain. Cela ne nous intimide pas et ne fait que renforcer notre détermination », affirme Bruno Cabrol.