A69 : des travaux assourdissants 18 heures par jour
Nadine et Bernard vivent à 300 m du chantier de l'autoroute A69, dans le Tarn. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Nadine et Bernard vivent à 300 m du chantier de l'autoroute A69, dans le Tarn. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Explosions, poussières… Depuis la reprise du chantier de l’A69, les riverains du tracé sont accablés par les nuisances. Le concessionnaire met les bouchées doubles pour combler son retard avant une audience décisive au tribunal.
Entre Vendine (Haute-Garonne) et Cambounet-sur-le-Sor (Tarn), reportage
« On ne va presque plus dans le jardin, c’est devenu invivable. » Cloîtrés dans leur maison dans la petite commune de Cuq-Toulza (Tarn), jadis entourée de forêts, Bernard et Nadine Semenou évitent désormais de sortir de chez eux. Depuis plus de deux ans, les travaux de l’autoroute A69, qui se déroulent à une centaine de mètres de leur habitation, ont transformé leur quotidien en cauchemar.
« On a très peu de répit et les travaux se sont considérablement accélérés depuis début août. On entend ce bruit de machines incessant du matin au soir. Cela commence un peu avant 5 heures et se termine vers 23 heures. On n’ose même plus inviter des amis chez nous », déplore Nadine, alors que le ballet incessant des camions remplis de terre se poursuit dans un vacarme continu, du lundi au vendredi.
« Un matin, réveillé par le bruit, je suis allé mesurer le niveau sonore avec un sonomètre et j’ai capté 70 décibels, assure Maxime [1], qui habite une maison à 120 mètres du chantier, à Vendine (Haute-Garonne). C’est le niveau sonore d’un restaurant. C’est impossible de dormir avec cela. Quand je suis dans le jardin ou dans mon atelier, j’allume la musique à fond pour couvrir ce bruit. »
Dans cette zone vallonnée, le concessionnaire, Atosca, utilise également de la dynamite pour creuser les collines et continuer les travaux de terrassement de l’autoroute. « Quand il y a une explosion près d’ici, toute la maison tremble », affirme Bernard, qui a tenté de prendre des somnifères durant une période pour arriver à dormir malgré le bruit. « La première fois qu’il y a eu une explosion, personne ne nous avait prévenus, j’ai eu vraiment très peur, raconte Nadine. J’étais à la cuisine et je croyais vraiment que tout allait s’effondrer. Il va y avoir des conséquences pour notre maison, notamment des fissures, c’est certain. »
Après de multiples relances, Atosca a fini par envoyer un huissier de justice pour constater l’état de la maison au cas où il y aurait des dégradations après les explosions, et prévient désormais les riverains sur un groupe WhatsApp.
Un concessionnaire inquiet
« On a eu également un rendez-vous avec le directeur technique d’Atosca et le directeur des grands projets du groupe NGE [le constructeur de l’autoroute], raconte Nadine. Ils sont venus à la maison après nos plaintes pour discuter, d’autres voisins étaient également présents. Ils ont écouté ce qu’on avait à leur dire, et en partant, le directeur technique d’Atosca nous a dit que, de toute façon, on ne serait jamais du même avis qu’eux et qu’ils avaient des dates butoirs à respecter. »
Le concessionnaire est en effet particulièrement inquiet quant à la prochaine audience devant la cour administrative d’appel de Toulouse en novembre, où les juges statueront définitivement sur la légalité ou non de cette autoroute. L’avancement des travaux devrait peser sur cette décision, il n’est donc pas anodin que le chantier se soit considérablement accéléré ces dernières semaines.
Contacté, Atosca assure qu’il « n’y a pas d’accélération du chantier. La progression actuelle correspond simplement à une montée en régime prévue et normale ». Le concessionnaire assure également être « pleinement conscient que la phase de travaux actuelle génère des désagréments pour les riverains dont les habitations se situent au plus près du chantier [...] Pour limiter l’impact de ces désagréments, Atosca privilégie, chaque fois que possible, l’emploi des matériels et procédés les moins bruyants possibles ». Le concessionnaire a annoncé que les travaux devraient durer encore un an.
« Psychologiquement, c’est très dur depuis que le chantier est passé en 2x8 heures début août, souffle Maxime. Imaginez-vous, être réveillé tous les matins pendant une semaine un peu avant 5 heures par des bruits de malaxeurs, de bulldozers et de camions, et ne pas pouvoir s’endormir avant 23 heures, c’est infernal. »
Selon lui, un décompte a été effectué dans son bourg de Vendine en journée, début septembre : 95 camions auraient traversé la commune en quatre heures, soit un camion toutes les deux à trois minutes.
« On doit changer nos manières de vivre, c’est l’enfer »
Alors qu’il a choisi de rester anonyme « par peur d’intimidations et de représailles », Maxime insiste également sur les nuisances causées par les poussières du chantier. « Ce sont de vrais nuages qui nous arrivent dessus. Ils sont parfois remplis de chaux, qu’ils utilisent sur le chantier pour terrasser les sols. Ces particules blanches se collent partout, notamment sur nos plantes et nos arbres, et sont très désagréables à respirer. »
D’autres riverains que Reporterre a rencontrés confirment ces nuisances, et se disent notamment inquiets pour leurs habitations, qui ont parfois perdu 40 % de leur valeur. C’est le cas de Marie-Odile et de son époux, qui habitent à une soixantaine de mètres du tracé sur la commune de Cambounet-sur-le-Sor (Tarn). « Je ferme les volets en plein jour pour atténuer le bruit et je ne sors presque plus. On doit changer nos manières de vivre, c’est l’enfer », dit-elle.
Ces nuisances jouent également sur le moral des riverains opposés au projet qui, pour beaucoup, ont songé « à tout abandonner », selon les mots de Maxime. « Mais on trouve la force dans la lutte, lance-t-il. On s’est réunis entre nous pour en parler et on peut compter sur l’appui du collectif La Voie est Libre, dont je fais partie. Tant que le bitume n’est pas coulé, on a encore espoir que tout ce cauchemar s’arrête et que la nature reprenne ses droits. C’est tout ce qu’on souhaite et c’est pour cela qu’on reste ici à se battre. »
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En novembre, les juges de la cour administrative d’appel de Toulouse se pencheront à nouveau sur le dossier de l’autoroute A69 et pourraient confirmer la décision d’annulation du projet, qui avait été prise par cette même juridiction en février.