Supermarchés : comment « l’obsession du prix bas » fait grimper ceux des produits bio
L’« obsession du prix bas » finit par produire des effets systémiques empêchant tout changement . - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
L’« obsession du prix bas » finit par produire des effets systémiques empêchant tout changement . - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Durée de lecture : 3 minutes
Les pratiques commerciales des enseignes de supermarchés bloquent la transition écologique, dénonce un rapport s’appuyant sur des témoignages anonymes de cadres du secteur.
Haro sur la grande distribution ! Au moment où les conditions de négociation des prix alimentaires s’invitent au menu du projet de loi d’urgence agricole, la grande distribution, dernier maillon de la chaîne, concentre les critiques. En quelques jours, une commission d’enquête sénatoriale l’a accusée de fragiliser les filières alimentaires françaises et l’association Que Choisir ensemble (ex-UFC Que choisir) de pratiquer des marges excessives sur les fruits et légumes bio.
Un rapport en rajoute une couche. Publié mardi 2 juin par une organisation jusqu’ici inconnue en France, Inside Track, il dénonce les effets délétères de la course aux prix bas orchestrée par les enseignes de super et hypermarchés : ce modèle complique l’accès à une alimentation de qualité et bloque la transition agroécologique, résume le rapport.
Des « insiders »
Inside Track s’est donné pour mission d’éclairer le débat public en publiant des analyses au bénéfice de la transition sociale et environnementale. L’organisme présente son rapport comme la synthèse d’échanges avec une quinzaine de cadres dirigeants en poste dans l’agroalimentaire, dont il préserve l’anonymat — Reporterre n’a donc pas été en mesure de vérifier leur profil. « Ce sont des acteurs de l’intérieur qui ont envie que les choses changent », explique Mathieu Dalmais, porte-parole d’Inside Track en France. Ils travaillent dans l’industrie agro-alimentaire, les coopératives agricoles et même, pour un quart d’entre eux, dans la grande distribution, précise-t-il.
Selon ces « insiders », la pression sur les prix dégrade la qualité de l’offre alimentaire. « Nous avons vu [dans nos entreprises] des recettes appauvries, de l’eau ajoutée, des ingrédients remplacés par des additifs, des approvisionnements déplacés vers des pays plus lointains ou avec des normes de qualité plus basses » pour répondre à la guerre des prix.
L’« obsession du prix bas » finit par produire des effets systémiques empêchant tout changement : « Dès qu’un acteur essaie de sortir du cadre imposé par le prix bas pour investir sérieusement dans la transition écologique et sociale, il se retrouve en difficulté face à ceux qui continuent à jouer la vieille partition du volume, du prix d’appel et de la compression des coûts », selon le rapport d’Inside Track.
Plus de transparence, moins de pub
L’organisme appelle les autorités à agir en contraignant les distributeurs. Parmi ses suggestions, limiter la publicité des produits problématiques pour la santé et l’environnement et imposer des obligations de transparence (origine des matières premières, niveau d’ultratransformation…).
Il demande surtout la fin de la « péréquation de marge » telle que pratiquée par les enseignes : les produits frais, bio ou plus durables se voient appliquer des marges élevées, pour financer celles, plus réduites, sur les produits d’appel industriels (bières, pâtes à tartiner…) qui attirent les clients en magasins.
Déjà dénoncée par d’autres acteurs, cette mécanique renchérit le prix des produits vertueux et joue contre la transition. Selon Inside Track, la marge moyenne sur les produits de marque distributeur bio peut dépasser de 15 points celle des produits premier prix.
Le rapport évoque la possibilité de mettre en place un panier de références de qualité à prix coûtant, rejoignant la proposition faite par un collectif d’associations depuis plusieurs mois (Familles rurales, Foodwatch, France Assos Santé, le Secours catholique, Greenpeace, Cancer Colère, etc.)
Si ce rapport est la première action de communication d’Inside Track en France, l’organisme créé au Royaume-Uni a déjà publié un rapport similaire sur les filières britanniques de la viande et du lait fin 2025. Fondé en mars 2025, Inside Track indique être financé par des fonds philanthropiques.